Transports en commun de Nîmes : 99 % de grévistes, 100 % de victoire

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Pendant six semaines, les salarié-e-s des Transports en Commun de Nîmes (TCN) étaient en grève tournante pour le respect de leurs droits et la satisfaction de leurs revendications. Réalités et enseignements de ce mouvement victorieux.

Le 3 septembre 2013, c’est la rentrée des classes. Du côté des chauffeurs et chauffeuses de bus TCN (société du groupe Kéolis), ca sera la lutte des classes avec la grève surprise qui touche, dès le début, 99 % des salarié-e-s. La cause  : lors des Négociations Annuelles Obligatoires (NAO), la Direction a refusé les demandes pourtant légitimes de l’intersyndicale SUD-CGT-CFDT-CGC qui demandait 2 % de revalorisation salariale, des tickets restaurant pour chaque jour travaillé, l’augmentation du nombre de conducteurs et de conductrices de tram-bus et enfin l’égalité de traitement avec le même coefficient de rémunération pour la même ancienneté. Cette grève s’inscrit dans un contexte de grogne, aussi, du coté des usagers  : Kéolis ayant supprimé de nombreuses dessertes autour des quartiers populaires de Nîmes.

Tous les jours et durant six semaines, les salarié-e-s en lutte se retrouvent au petit matin pour une assemblée générale et reconduisent le mouvement. Le principe d’une grève tournante, est adopté avec choix de l’heure à laquelle la grève du lendemain devient totale.

Tâche d’huile

Ce dispositif est complété par des actions «  coup de poing  » de blocage de circulation, aux points stratégiques de Nîmes. Afin de populariser leur mobilisation, les grévistes diffuseront un tract en direction des usagers expliquant les raisons de leur mouvement. Fait admirable, la quasi-totalité des salarié-e-s (95 à 99 % des chauffeuses et des chauffeurs selon les jours) est impliquée à l’exception des cadres. Sous le rôle moteur de SUD et de la CGT, l’intersyndicale tiendra malgré les nombreuses tentatives de division exercées par la Direction notamment en assignant en justice les délégués syndicaux pour «  grève illicite  ». La requête sera rejetée quelques jours plus tard.

Tout au long de la grève, les TCN en lutte ont pu compter sur le soutien actif de structures syndicales locales, départementales voire fédérales. Depuis les délégations de l’UL CGT Nîmes et de Solidaires 30 pour aller à la rencontre des grévistes, en passant par des soutiens d’autres délégués syndicaux des transports (de Montpellier et Paris), en passant par une solidarité financière via une caisse de grève, tous les leviers auront été employés pour soutenir la détermination des grévistes et cela s’est finalement révélé payant. Kéolis attendra néanmoins la sixième semaine de grève pour céder aux revendications de peur que l’exemple des TCN ne fasse tâche d’huile dans les autres villes dont les transports urbains sont gérés par ce groupe.

Cette victoire est une vraie leçon en faveur d’un syndicalisme rassemblé en ces temps où nombreux sont ceux et celles qui doutent de l’intérêt des luttes collectives.

L’entraide plus forte que la xénophobie

C’est aussi une victoire heureuse et pleine d’espoir, pour des salarié-e-s de TCN qui dernièrement avaient été stigmatisés comme étant l’exemple de la pénétration des idées xénophobes du Front national dans le milieu ouvrier gardois  ; lorsqu’au printemps dernier, deux délégués CGT de TCN s’était vu retirer leurs mandats par l’UL CGT Nîmes pour avoir posté sur leurs pages facebook des dessins islamophobes tout en revendiquant ouvertement leur appartenance au parti de Marine Le Pen. Ce scandale qui avait eu le don de rendre particulièrement irrespirable l’ambiance en interne de l’entreprise. Cette ambiance délétère s’est diluée (à défaut de disparaître) par la force de la grève, et par la prise de conscience que l’entraide des salariés, quelles que soient leurs origines, contre leurs vrais ennemis demeure plus fort que les préjugés racistes.

Jérémie Berthuin (AL Gard)

 
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