Violences policières : Pas nouveau mais efficace : la répression « préventive »

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Le 5 décembre à Rennes, sur la toile de fond du délire politico-médiatique de « complot de l’ultra-gauche anarcho-autonome », la police s’est proprement laissée aller à une répression qui, pour être « préventive », n’en a pas moins été violente. On peut parier que s’inaugure là une pratique sécuritaire qui fera florès.

Grâce à la création de ce « complot », il est désormais possible de dénier purement et simplement le droit de manifester… En partant de présomptions à l’encontre des participants et organisateurs de la manifestation prévue, on exercera, à titre préventif, la violence policière pour réprimer à l’avance des troubles dont l’occurrence n’est alors que pure spéculation. La complicité des médias aidant, il devient facile de justifier a posteriori l’action de la police comme une réponse à des échauffourées qu’elle aura été la seule à provoquer (vous me suivez ?). C’est exactement ce qui s’est produit ce jour-là à Rennes, où devaient converger l’ensemble des organisations de chômeurs et précaires de Bretagne à l’occasion de la Marche contre le chômage.

Quatre arrestations ciblées

Avant même le début de la manifestation, un gradé vient nous signifier une interdiction de partir en cortège, soi-disant en raison du contexte des Transmusicales (avec techno-parade en centre ville...). Étrangement, au lieu de tout simplement boucler la place où les manifestants devaient se rassembler afin d’empêcher la manifestation, l’interdiction reste tout d’abord purement verbale. Comme si le but n’était pas réellement d’empêcher le départ du cortège mais de créer l’occasion de réprimer durement ceux et celles qui le formaient...

En effet, ayant décidé de manifester malgré tout, nous nous heurtons au bout de 50 mètres aux CRS et à leurs camions anti-émeute placés en travers du parcours : pure provocation sans justification. Plutôt que de livrer une bataille perdue d’avance, nous décidons de continuer la manif’ et empruntons des chemins détournés. S’ensuit une longue partie du jeu du chat et de la souris, les flics s’efforçant de nous tenir à l’écart du centre ville, et multipliant les provocations pour leur fournir le prétexte à nous rentrer dedans. Jusqu’à nous encercler totalement, formant l’espoir que les manifestants acculés déclencheront les hostilités, mais ceux-ci conservent leur sang froid.

L’hallali

Les flics sont obligés de nous relâcher, et d’attendre la fin de la manif pour sonner l’hallali. Et là, le piège se referme : le lieu de l’AG des chômeurs et précaires est fermé par les autorités malgré la parole donnée, et à la première occasion (le jet d’un œuf) la Bac charge et tabasse les manifestants restés sur place. Bilan : quatre arrestations ciblées qui se solderont par un procès le 18 janvier, et de nombreux blessés, certains gravement (notamment un traumatisme crânien qui risque de laisser des séquelles à vie).

Cette fois-ci, comme en bien d’autres occasions, l’objectif de la police apparaît clairement : ne plus se contenter d’encadrer les mouvements sociaux pour éviter qu’ils ne menacent l’ordre en place. Non, l’approche est beaucoup plus directe et consiste dès que possible à étouffer tout mouvement dans l’œuf.

Gaspard Julien (AL Rennes)

 
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