Agriculture : L’industrialisation met l’élevage en crise

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Manifestations, blocages routiers, ras-le-bol général... Les éleveurs sont sortis de leurs fermes pour manifester une détresse bien réelle : « on ne peut plus vivre de notre métier » ! En effet, l’industrialisation laisse dans son sillage des vies brisées et des fermes en faillites.

On s’attendait à cette nouvelle crise. La fin des quotas laitiers validée par l’Europe est entrée en application en ce début d’année. Les conséquences ne se sont pas fait attendre : augmentation de la production et chute des cours. Selon le ministère, plus de 20 000 éleveurs seraient au bord du dépôt de bilan ! C’est la conséquence directe d’une politique qui libéralise toujours plus et pousse les filières à aller vers l’exportation alors même que la balance commerciale intra-communautaire est déficitaire.

Le plan de sauvetage proposé par le ministère et la FNSEA n’est que reculer pour mieux sauter dans le précipice. En dehors des mesures provisoires qui sont mobilisées régulièrement lors des différentes crises, la solution proposée est d’effacer l’ardoise pour se relancer dans une course à l’investissement. Pousser les éleveurs à se doter d’outils de production toujours plus importants, spécialisés et dépendants des cours mondiaux. L’endettement est un réel problème, ce n’est pas une voie viable pour les éleveurs.

Cette crise aura au moins le mérite de mettre en lumière que le premier syndicat agricole est dirigé par un industriel. Alors que le mouvement, poussé par la base, était à son pic, la direction de la FNSEA, Xavier Beulin en tête, à tout fait pour arrêter la mobilisation et obtenir la levée des barrages. La colère des éleveurs et éleveuses est palpable et un vent mauvais souffle au sein du syndicat. Les mesures obtenues ne sont pas satisfaisantes et ne résolvent rien.

Pour une réforme agraire

En libéralisant, l’État a laissé les clés de la valorisation de la production aux industriels. Dans le court terme, il y a une nécessité de garantir des prix de vente décents aux producteurs et de stopper le plan de restructuration de l’agriculture qui se met en place en éliminant les petites et moyennes fermes qui n’arrivent pas à suivre la course. Cela ne nous dédouane pas de poser les questions de fond. À quoi sert la production agricole ? Quel type d’agriculture voulons-nous ? Il y a nécessité à réorienter le développement des fermes vers des systèmes plus économes et producteur de plus-value pour les paysans et paysannes. Réorienter la production vers la consommation de proximité afin de viser l’autonomie alimentaire et la diversification des systèmes.

C’est une véritable réforme agraire qu’il faut impulser tant au niveau de la répartition et de l’accès au foncier que des modes de productions. C’est la seule voie viable pour garder une agriculture riche et capable de fournir une alimentation de qualité.

Georges Claas, paysan

 
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