Féminisme : une santé « par les femmes et pour les femmes »

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Connaître son corps, pratiquer l’auto-examen, s’entraider entre femmes : autant de moyens de préserver une saine marge d’autonomie vis-à-vis des professionnels de la santé. Depuis cinquante ans, des féministes tentent, par l’écrit et par la pratique, de faire descendre les blouses blanches de leur piédestal.


Cet article est issu d’un dossier spécial sur l’éducation populaire


Dès les années 1960, les féministes se sont montrées critiques du pouvoir que le corps médical exerce sur les femmes, notamment en ce qui concerne la contraception, la grossesse, les sexualités...

En 1971, aux États-Unis, le ­Collectif de Boston pour la santé des femmes édite un ouvrage qui, en peu de temps, va s’im­poser comme un « classique » du féminisme : Notre corps, nous mêmes, « écrit par des femmes pour les femmes ».

On y trouve une foule de témoignages, de photos, de schémas et d’explication très claires sur le fonctionnement de l’appareil génital et reproductif féminin, les méthodes de contraception de l’époque...

Les textes sur la sexualité ­mettent en avant les rapports de domination qui la structurent et les manières de les dépasser – connaître son corps, consentir ou non, parler de ses désirs et plaisirs...

Le mouvement du self-help

De ce côté-ci de l’Atlantique, certains livres très pratiques ont également connu un grand succès. On peut notamment penser à ceux de Rina Nissim, une gynécologue et naturopathe suisse initiatrice du mouvement du self-help, qui in­vite les femmes à s’exercer à l’auto-­examen. En 1984, elle a publié un Manuel de gynécologie naturopathique à l’usage des femmes, plusieurs fois réédité depuis, qui informe sur les plantes abortives, celles qui calment les douleurs de règles...

En plus de ces livres historiques, on ne compte plus les brochures éditées par des groupes féministes pour transmettre les savoirs médicaux sur la santé sexuelle.

Certaines féministes n’hésitent pas à passer à l’action sans attendre ni les médecins, ni le législateur pour prendre en charge leur santé sexuelle. Dans la France des années 1960, où l’IVG était prohibée, les militantes et militants du Planning familial et du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) pratiquaient des avortements sûrs jusqu’à huit semaines de grossesse, ­grâce à la méthode Karman qui consiste à utiliser une canule pour vider le contenu de l’utérus.

Cette méthode ne nécessitant pas d’anesthésie était pratiquée par des militantes et militants qui n’étaient pas toutes et tous médecins, mais qui se transmettaient un savoir pratique et en faisaient bénéficier les autres femmes. La loi Veil a mis fin à cette pratique restée illégale, non sans débat au sein du MLAC, qui craignait la disparition d’un savoir-faire autonome. En effet, si nous avons gagné en sérénité et en égalité avec la légalisation de l’avortement, nous avons perdu en connaissance de notre propre corps et en pouvoir sur nos méthodes de contraception.

Aujourd’hui, on a tendance à s’en remettre aux médecins qui décident pour les femmes, sans que celles-ci soient nécessairement informées de toutes les possibilités qui existent, ni des effets concrets des différentes méthodes de contraception sur leurs corps.

De plus, ces pratiques reposaient sur une vraie solidarité entre femmes, et sur une volonté de prendre en charge collectivement des questions qui aujour­d’hui semblent relever uniquement de l’individuel (ou du couple). Si pour celles qui sont bien informées, cette individualisation n’est pas problématique, c’est encore une fois les femmes précaires, analphabètes, isolées, qu’on laisse sur le carreau et aux prises avec le pouvoir médical.

Auréline (commission antipatriarcat)

 
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