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Kobanê : Féminisme, reconstruction, autogestion

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La Foire à l’autogestion de Montreuil a remis 1 000 euros au projet féministe de reconstruction de Kobanê, portée par le mouvement féminin Yekîtiya Star.

Après quatre éditions à succès, la Foire à l’autogestion est, en 2016, suspendue. Ainsi en a décidé l’assemblée générale, sentant la fatigue gagner les rangs. Mais comme ses caisses sont bien garnies, l’AG a toutefois décidé de verser des aides à des projets autogestionnaires en Grèce, en Turquie, en France, au Chiapas et au Rojava.

Le 19 février, une délégation de la Foire s’est donc rendue au siège de la gauche kurde à Paris 10e. Elle y a rencontré le collectif Solidarité femmes Kobanê, qui relaie en France le travail du mouvement féminin Yekîtiya Star, fondé en 2005 au Kurdistan syrien.

Celui-ci mène, sur place, trois projets de reconstruction de la ville favorisant l’autonomie économique, politique et culturelle des femmes.


Des fonds
pour la révolution !

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Les bénéfices seront reversés à un projet autogestionnaire au Kurdistan.


Primo, il faut relancer deux coopératives de production – oléicole et textile – détruites par l’État islamique. Jadis, les femmes étaient cantonnées dans le travail le moins qualifié : la récolte des olives et du coton. Cette fois, les travailleuses maîtriseraient l’ensemble du processus, de la récolte à la transformation : huile, savon, produits d’hygiène d’une part ; vêtements et tissus d’autre part.

Secundo, il est question de bâtir une académie des femmes, une institution typique de la gauche kurde [1]. Il s’agit d’un lieu d’échanges et de formation politique fondé sur l’élaboration des connaissances à partir de l’expérience des femmes elles-mêmes, en toute indépendance de l’État et de l’Université, où l’hégémonie masculine a trop souvent conduit à relayer l’idéologie patriarcale. L’académie comprendra des salles de conférences et de cours, une bibliothèque gardienne de la mémoire des luttes et une cafétéria. Elle devrait également inclure un pôle santé centré sur les besoins des femmes (gynécologie, obstétrique…) et sur le soutien psychologique aux victimes des atrocités de guerre.

Visibilité des femmes dans l’espace public

Tertio, devant l’académie serait aménagée une place ornée d’une œuvre d’art conçue par des artistes des quatre régions du Kurdistan – sans doute une mosaïque – en hommage aux luttes féministes au Proche-Orient. L’enjeu est la visibilité des femmes dans l’espace public.

Pour financer ces projets, le collectif Solidarité femmes Kobanê cherche à collecter 30.000 euros. Il organise des soirées de soutien et sollicite les organisations du mouvement social et certaines municipalités. Pour le moment, il n’a reçu aucune aide du mouvement féministe français, ni « officiel » ni « alternatif ». La Foire à l’autogestion a donné ; la Ville de Champigny semble intéressée ; l’union locale Solidaires de Rouen a tenu une réunion publique sur le sujet le 11 mars.

L’argent rentre peu à peu. Il ne faut pas hésiter à inviter les femmes du collectif : elles sont prêtes à intervenir dans le cadre de journées d’échanges non mixtes ou de réunions publiques.

Audrey (AL 93)

1000 euros pour la reconstruction
La remise du chèque au collectif par la délégation de la Foire à l’autogestion.

[1Lire « Les succès du mouvement des femmes kurdes », Alternative libertaire, mars 2015.

 
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