Koltchenko-Sentsov : Le régime tyrannique russe mis à nu

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Alexandr Koltchenko et Oleg Sentsov, opposants ukrainiens à la dictature du pouvoir russe en Crimée, ont été condamnés au terme d’un procès truqué que les autorités russes voulaient exemplaire. Face à des accusations calomnieuses, ils n’ont rien cédé et sont aujourd’hui des symbole d’un régime à abattre.

Fin juillet s’est ouvert à Rostov-sur-le-Don (Russie) le procès du militant anarchiste Alexandr Koltchenko et du cinéaste Oleg Sentsov. Tous les deux sont détenus depuis le 16 mai 2014 par les autorités russes qui leur reprochent violences et préparation d’attentats contre des monuments et officines du pouvoir russe en Crimée pour le compte du mouvement fasciste ukrainien Pravy sektor (Secteur droit).

Ces accusations délirantes à l’encontre de militants connus pour leur engagement antifasciste et progressiste dirigé aussi bien contre l’extrême droite ukrainienne que russe montre la grossièreté et le manque ­d’imagination d’une dictature qui, faute de mieux, s’inspire des procès staliniens.

Depuis le 16 mai, ils sont emprisonnés sous le contrôle du FSB, les services secrets russes, et, hormis leurs avocats, personne ne peut correspondre avec eux ni les rencontrer. De plus, Oleg Sentsov, comme il l’a lui même déclaré avant comme lors de cette mascarade judiciaire, a été torturé par les agents du FSB afin de lui faire avouer qu’il serait le chef d’orchestre de ce « complot » contre les autorités russes.

Non seulement Sentsov et Koltchenko n’ont rien avoué, mais durant tout leur procès ils ont opposé à leurs accusateurs un large sourire, celui d’une insolente liberté de pensée défiant la force obscure d’un pouvoir tyrannique. C’est une façon de faire comprendre à toutes celles et ceux qui suivent ce qui se passe en Russie et en Ukraine que, quelle que soit la sentence, un tel régime finira par tomber sous l’assaut de celles et ceux qu’il opprime.

Colonie pénitentiaire

Le verdict est sans surprise. Il est intervenu le 25 août et a largement suivi les réquisitions de juges exécutant des basses œuvres d’un pouvoir exécutif auquel il est intimement lié et qui lui dicte les sentences à prononcer en matière de procès politique. Oleg Sentsov est condamné à vingt ans de colonie pénitentiaire et Alexandr Koltchenko à dix ans du même régime. Durant les différentes audiences, Sentsov, Koltchenko et leurs avocats ont été très combatifs. Contrairement à deux coaccusés (Guennadi Afanassiev et Alexey Tchirny) qui ont fait le choix de collaborer avec l’état russe pour obtenir une peine plus clémente (ils ont été condamnés à sept ans de colonie pénitentiaire il y a plusieurs mois), ils n’ont rien lâché et adopté une position de rupture.

Ainsi les juges ont été incapables de répondre à plusieurs questions des avocats sur les preuves matérielles de l’accusation. Les nouvelles des audiences nous sont parvenues grâce à la mobilisation de militants défendant les droits humains (Amnesty International notamment) et aux mouvements anarchistes, antifascistes et de défense des prisonniers politiques ukrainiens et russes en Russie.

Silence de la presse internationale

Durant ces semaines d’audience, la presse internationale s’est distinguée par son silence qui n’a d’égale que sa complaisance avec le système Poutine, affaires obligent, mais aussi parce qu’elle préfère soutenir des opposants et opposantes plus présentables comme les partisans du capitaliste Boris Sentsov (assassiné en février dernier) ou du nationaliste et raciste Alexey Navalny présenté scandaleusement par elle comme démocrate. La mobilisation militante internationale de ces derniers mois pour la libération de Alexandr Koltchenko et Oleg Sentsov doit à présent s’intensifier et s’élargir à celle des prisonniers politiques progressistes en Russie.

Laurent Esquerre (AL Paris-Nord-Est)

 
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