écologie

Particules fines : Il faut sortir de la civilisation de la bagnole

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La voiture individuelle est au cœur de nos sociétés modernes. Elle s’est imposée comme principal moyen de transport, et détermine aujourd’hui largement notre organisation industrielle, commerciale, sociale. Mais elle est aussi au centre de la crise écologique actuelle.

La production en série d’automobiles à partir du début du XXe siècle, rendue possible grâce au progrès technique (moteur à explosion, chaînes de montage, industries extractives) et au pétrole coulant à flots, n’a cessé d’augmenter depuis, et le monde compte aujourd’hui plus de 1 milliard de véhicules en circulation.

Offrant liberté, facilité et rapidité de déplacement, la voiture a accompagné les grandes modifications sociales du siècle dernier, comme l’éloignement entre lieu de travail et d’habitation, le développement des zones résidentielles, la concentration des activités commerciales en zones périphériques des villes, ou encore la création d’énormes zones industrielles de production, avec leurs luttes sociales et leurs désastres économiques (ville de Détroit aux États-Unis, île Seguin à Paris).

Petit à petit, la bagnole est devenue indispensable pour la majorité de la population, à l’exception des habitants et habitantes des centres-villes qui disposent parfois d’autres moyens de transport (vélo, transports collectifs). Et à grand renfort de marketing, elle est même devenue un symbole d’identité individuelle, chacun pouvant exprimer sa personnalité dans le choix de la marque, du modèle, de la couleur... C’est le triomphe absolu de la société de consommation de masse : transformer un outil (de déplacement) en instrument d’expression personnelle.

Gourmande en ressources et en temps

Dans son essor foudroyant, l’industrie automobile a entraîné le développement de nombreux secteurs, avec leurs lots de conflits sociaux, rapports impérialistes et désastres écologiques. Caoutchouc pour les pneus (avec le génocide des indigènes des forêts congolaises et amazoniennes pour exploiter l’hévéa), pétrole pour l’essence et ses dérivés plastiques (guerres au Moyen-Orient, marées noires), métaux pour la carrosserie (luttes sociales et accidents dans les mines), verre pour les vitres, et maintenant électronique.

En France, la bagnole est ainsi le troisième ­poste de consommation de ressources naturelles, derrière la construction et les emballages, avec environ 20 % de la consommation totale d’aluminium et d’acier, et 10 % de celle de plastiques. Cela sans parler de la construction des routes, parkings, infrastructures pétrolières, etc.

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La bagnole est aussi, directement ou indirectement, l’un des principaux pollueurs actuels. Directement par le bruit, l’émission de particules fines entraînant asthme, allergies et cancers, et l’émission de CO2 participant au réchauffement climatique. Indirectement par l’impact de toutes les industries précitées qui lui sont liées, par le bitumage massif et la fragmentation des espaces naturels, par la pollution des casses et décharges. Mais la voiture est en plus un assassin notoire, avec environ 1,3 million de morts par accident par an dans le monde, et 20 à 50 millions de blessé-e-s.

À l’heure de la crise écologique globale, il apparaît donc urgent de réduire drastiquement la place de la voiture dans nos vies quotidiennes. Et que l’on ne vienne pas nous promettre des voitures « propres », car on consomme des ressources pour construire une voiture quel que soit son carburant, et il n’existe toujours pas d’énergie parfaitement « verte » (ni agrocarburants, ni renouvelables1, sans parler du nucléaire...).

On ferait comment sans voiture ?

Si on supprimait la bagnole, on gagnerait déjà en temps libre. Philippe Bihouix, dans L’âge des Low Tech, estime en effet que les activités liées de près ou de loin à la voiture représentent entre 30 % et 40 % du PIB français (construction et entretien, extraction et transformation des matières premières, infrastructures, administrations, secteur médical, signalétique, ravalement des façades noircies, etc.).

Donc sans voiture, on pourrait supprimer une bonne partie de ces activités, en profiter pour redistribuer et réduire le temps de travail. Et on en réorienterait les transports vers un système plus léger pour la société et l’environnement, fondé essentiellement sur le transport collectif, le vélo et les deux-roues motorisés.

Continuons de rêver, et pensons aux villes débarrassées des voitures. Gardons un peu de place pour les trams, les vélos, les bus, on dégagerait quand même d’immenses espaces pour développer l’agriculture urbaine et des espaces publics plus conviviaux. Et on se déplacerait tout aussi vite, puisque la vitesse moyenne des voitures dans Paris est aujourd’hui de 13 km/h, à peine plus rapide qu’un vélo ! Imaginons aussi les villages développer de nouveaux services de proximités et des circuits locaux de production et distribution, qui sont actuellement concentrés dans les centres commerciaux ou les villes, accessibles qu’en voiture.

Réorganisation sociale

Bien sûr, il n’est pour l’instant pas question de se passer complètement de la bagnole. Nous sommes trop habitué-e-s aux possibilités qu’elle offre, et la mise en place d’un système alternatif de transport, ainsi que la modification du tissu économique et social, fondé pour l’instant sur la voiture, prendra du temps.

Et même à terme, il sera sûrement nécessaire de garder des véhicules motorisés pour certains services publics (ambulances, pompiers), pour des livraisons, ou même pour des déplacements privés dans des zones peu équipées avec d’autres moyens de transport. Mais ces véhicules pourraient être différents d’aujourd’hui, conçus et utilisés de façon à économiser les ressources et l’énergie. Plus petits, plus simples, moins rapides, durables, standardisés et réparables, partagés au sein de groupements de consommateurs. De nombreuses possibilités existent, mais demandent une réorganisation sociale et économique totalement opposée à la logique capitaliste.

Jocelyn (AL Gard)

 
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