Tâches domestiques : Les femmes ne doivent plus faire le ménage des hommes

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Les femmes se tapent toujours tout le boulot domestique, c’est normal, c’est la base du patriarcat. Le déplorer revient à déplorer que les ouvriers et ouvrières se tapent tout le boulot dans les usines.

Un chapitre de l’édition 2012 de Regards sur la parité de l’Insee porte sur la répartition des tâches domestiques entre les hommes et les femmes. Il analyse l’évolution des temps à travers les chiffres des enquêtes de 1986, 1999 et 2010.

Le temps consacré au ménage et aux courses est passé pour les femmes de 4 heures 10 à 3 heures 01 et celui des hommes de 1 heure 10 à 1 heure 17. Pour le soin aux enfants, la participation des femmes est passée de 42 minutes à 45 minutes tandis que celle des hommes doublait ridiculement, passant de 10 minutes à 19 minutes. Les femmes font le boulot domestique de toute la famille, elles font leur part et la part de boulot des hommes (qu’ils font quand ils sont célibataires).

Ce qui a fait baisser la participation des femmes, ce n’est pas une répartition plus égalitaire mais le développement du recours aux substituts marchands aux tâches féminines (plats cuisinés...) et à un équipement ménager plus important grâce au taux d’activité croissant des femmes (micro-ondes...).

Des changements… mais pas d’égalité

Pour les femmes les plus aisées, c’est également le recours à une femme de ménage (mais dans ces cas, l’homme ne fait plus rien, le semblant d’égalité est assuré par le recours à la domesticité). La configuration est différente selon la composition des ménages. Plus il y a d’enfants, plus la répartition est inégalitaire. Plus les femmes travaillent, moins elle l’est.

Un sondage fait pour une marque de chaussures début 2014 pointe que près de la moitié des femmes trouvent normal d’en faire plus mais que 68 % estiment en faire plus.

La conséquence de cette répartition inégale est que les femmes ont moins de temps pour autre chose que la vie domestique. Elles travaillent moins d’heures, elles ont moins de temps libre. Il y a donc aussi un impact sur l’investissement associatif ou politique, sur les loisirs et la création.

Les chiffres montrent que, au rythme actuel de convergence des durées consacrées aux activités ménagères, l’égalité sera atteinte... dans longtemps, ou plus vraisemblablement jamais. Jamais parce que l’inégalité de répartition des tâches est la base même du patriarcat. Le groupe des hommes s’enrichit du travail domestique des femmes (puisqu’ils n’ont ni à le faire, ni à le payer) et ne va pas volontairement changer cet état de fait.

C’est aux femmes (comme à tous les exploité-es) de mettre fin à leur exploitation en cessant de faire les tâches ménagères des hommes. Plus facile à dire qu’à faire.

La lutte au sein du couple est épuisante et source de conflits. Les salaires inférieurs réduisent la marge de négociation. Les temps partiels dus à cette inégalité de répartition l’entretiennent. Il est plus simple de faire que de se battre en permanence.

Il reste à donner une dimension collective, une dimension de classe à ce nécessaire combat.

Christine (AL Orne)

 
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