UPR-Asselineau : le patriotisme rance

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S’affirmant « Ni droite ni gauche », l’Union populaire ­républicaine masque mal ses penchants nationalistes quand elle encense la nation contre l’Union européenne ou qu’elle laisse transparaître une vision complotiste de l’histoire. Décortiquons les positions de cette étrange organisation.

Le samedi 15 novembre 2014, lors du rassemblement, place Kléber à Strasbourg, des manifestants et manifestantes ayant répondu à l’appel du collectif Alternative à l’austérité (AAA), les quelques militants et militantes d’Alternative libertaire sur les lieux ont eu la désagréable surprise de voir dressé, bien en vue, un stand de l’Union populaire républicaine (UPR). Sa présence n’a pourtant pas semblé indisposer les membres des différentes organisations constituant la tête du cortège (NPA, PC, PG, etc.) Et pourtant…

Une obsession : sortir de l’Union européenne

Née le 25 mars 2007, l’UPR prétend rassembler « des Français, de droite et de gauche » dans le but de lutter contre « l’asservissement de la France » dans et par l’Union européenne (UE) [1]. Car « la crise politique, économique, sociale et morale de la société française trouve justement son origine dans cette ­Union européenne qui nous asphyxie mais dont on nous prétend faussement qu’elle serait irréversible et non sujette à débat ». La sortie de cette dernière, à commencer par la zone euro, constitue son principal objectif politique.

Mais l’UPR n’entend pas en rester là. Pour permettre à la France de recouvrir une parfaite indépendance de sa politique étrangère, elle préconise aussi sa sortie de l’Otan. Tout comme elle entend que ce soit désormais exclusivement des commissaires français et non pas communautaires qui négocient des accords au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Et, pour faire bonne mesure, elle affirme encore « la nécessité évidente de rétablir des contrôles aux frontières nationales ». En somme, « l’UPR rassemble des Français de droite et de gauche, fidèles à quinze ­siècles d’indépendance nationale et à deux siècles d’acquis républicains, qui refusent tout extrémisme ».

La consultation de la charte de l’UPR confirme ce que sa présentation, dont sont extraits les passages précédents, laisse entendre. Elle est dominée par une véritable obsession : la nécessité de faire sortir la France de l’UE. Car c’est la condition nécessaire pour rendre à la France sa souveraineté mais aussi toute sa puissance en tant que nation : « Seules l’indépendance de la France et la souveraineté du peuple français peuvent assurer la prospérité de notre pays et le bon fonctionnement de sa démocratie, son rayonnement dans le monde, ses actions pour la paix et pour l’amitié entre les peuples, sans distinction d’appartenance géographique ou d’appartenance religieuse. »

Et l’UPR revendique d’ailleurs avec insistance et fierté le monopole de cette position. Elle se déclare la seule formation politique à préconiser la sortie unilatérale, sans condition et sans retour, de l’UE : « De l’extrême droite à l’extrême gauche, il ne se trouve certes pas un seul responsable politique qui ose se déclarer contre le principe même de la construction européenne. »

Une formation nationaliste

Plus encore que souverainiste, l’UPR est en fait une formation profondément nationaliste. Cela apparaît dans la manière dont elle prétend, par exemple, prendre « appui sur mille cinq cents ans d’histoire nationale », comme si la France était née au moment de la formation du royaume franc et du baptême de Clovis, vieille antienne de l’extrême droite nationaliste.

Pour l’UPR, la nation est la seule communauté politique concevable, ce qui définit bien le nationalisme : « Reprenant à son compte la fameuse parole de Jaurès qui déclarait que “la patrie est le seul bien de ceux qui n’ont rien”, l’UPR insiste sur le fait que la patrie et la nation sont les seules instances où peuvent s’exercer réellement la démocratie et la solidarité entre les générations et les catégories sociales. »

C’est pourquoi toutes les divisions politiques (entre droite et gauche) et sociales (entre ­classes) lui paraissent inessentielles ou, au mieux, secondaires. Ce qui lui permet précisément de prétendre pouvoir rassembler des hommes et des femmes de toutes conditions et orientations : « L’UPR ne prétend pas que le clivage droite-gauche n’existe pas. Mais elle affirme que, comme à chaque fois que la France est en réel danger, ce clivage doit provisoirement s’effacer devant l’urgence. »

C’est pourquoi d’ailleurs, l’UPR ne s’embarrasse pas d’un programme économique et social. C’est à peine si l’on trouve mention dans un paragraphe des « problèmes économiques et sociaux » qui mentionne cependant « l’exigence de compétitivité et de dynamisme industriel » : en clair les intérêts du patronat français dans la compétition internationale. La balance n’est donc pas tout à fait égale entre la droite et la gauche de l’échiquier politique tout comme le bas et le haut de la hiérarchie sociale.

Lire entre les lignes

L’obsession anti-UE de l’UPR prend par moments de curieux accents. Par exemple, ­lorsqu’elle dénonce dans l’UE « un processus mûrement conçu de vassalisation de la France ». Conçu par qui ? À quelles fins ? Mené par quels canaux ?

Ou encore lorsqu’elle déclare qu’« il est incontestable que, du fait de l’inexistence d’un peuple européen, l’Union européenne a précisément pour effet de soumettre les Français à un pouvoir d’origine étrangère, d’essence oligarchique, et non élu, dont, au fond, ils ne reconnaissent pas la légitimité ». Quelle est cette oligarchie d’origine étrangère qui, via l’UE, asservirait la France ?

Toutes ces déclarations fleurent bon une conception conspirationniste de l’histoire. Surtout, mises bout à bout, elles résonnent de manière singulière pour qui connaît les thèses qui ont les faveurs d’une certaine extrême droite, selon lesquelles il existerait un vieux complot émanant des milieux financiers juifs, aujourd’hui concentrés aux États-Unis, destiné à dissoudre les nations européennes. Les Protocoles des sages de Sion, célèbre faux fabriqué par la police tsariste au début du XXe siècle, ne disaient pas autre chose.

Et le soupçon ne peut que grandir lorsqu’on apprend sur Facebook que des cadres de l’UPR ont pu déclarer : « Il est tout simplement faux d’affirmer que François Asselineau [le président de l’UPR] refuse tout dialogue avec les adhérents de E&R [Égalité et Réconciliation, le mouvement d’Alain Soral], comme avec les adhérents de S&P [Solidarité et Progrès, le mouvement de Jacques Cheminade], et comme avec les adhérents du Comité Valmy. » [2]

Bref, l’UPR entend bien profiter du confusionnisme ambiant, du brouillage des identités politiques et des frontières idéologiques, pour rassembler de l’extrême droite à l’extrême gauche. Et l’on sait, par expérience historique, à quoi mène ce type de synthèse : tout simplement à diluer la seconde dans la première quand ce n’est pas à jeter les bases du fascisme [3].

Alain (AL Alsace)

[1Sauf indications contraires, tous les passages cités sont extraits des documents mis en ligne sur le site officiel de l’UPR.

[2« Attention, l’ultra-droite souverainiste débarque à Lyon ! », sur Rebellyon.info, le 4 juin 2011

[3Voir Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France, Seuil, 1983.

 
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