Economie : Le revenu universel : une mesure de gauche ?

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Le revenu universel a été mis au cœur de la primaire de « gauche » par Benoît Hamon. Mais en quoi consiste exactement cette mesure mise en avant par autant de politiciens se réclamant de la gauche que de la droite ?

Le revenu universel a émergé dans la campagne de la primaire de la « Belle Alliance populaire », défendue par Benoît Hamon comme une idée de gauche, garantissant à chacun et chacune les moyens de vivre dans une société où le plein emploi est devenu inaccessible. Pourtant, l’idée de revenu universel est historiquement plutôt une idée libérale.

Ainsi, une des premières tentatives pour instaurer un revenu universel advient dans les années 1970 aux États-Unis. Défendu par John Kenneth Galbraith et 1 200 économistes keynésiens et libéraux, il s’appelle alors le Demogrant, et il est mis en en forme par James Tobin (économiste théoricien de la taxe sur les mouvements de capitaux qui porte son nom) et inclus dans le programme du démocrate George McGovern, battu à la présidentielle de 1972 par Richard Nixon.

Une arnaque pour casser la Sécu

Ce type de revenu universel serait un parachute minimum qui permettrait d’avoir de quoi vivre, mais très chichement, en restant sous le seuil de pauvreté, comme le « revenu décent » de Manuel Valls.

En France, le RMI devenu ensuite RSA est un revenu de base de ce type, même s’il est de plus en plus assorti de contraintes de type workfare, c’est-à-dire d’obligation de rechercher un emploi, voire de travail « bénévole » non rémunéré, par exemple le conseil départemental du Haut-Rhin qui a réussi à l’imposer, en toute illégalité, au mois de février.

On note qu’il cohabite avec la Sécu, le chômage et les retraites, mais qu’il se situe de beaucoup sous le seuil de pauvreté : un RSA seul est à 463 euros, un RSA + APL (aide au logement) plafonne à 690 euros environ, alors que le seuil de pauvreté se situe à 950 euros en France...

En vérité, le revenu universel libéral est tout simplement une arnaque pour casser la Sécurité sociale et le chômage. Ce ne serait plus la peine d’avoir des allocations chômages si tout le monde a un revenu bas qui le maintient juste en dessous du seuil de pauvreté. Cela permettrait aussi d’énormes économies pour le patronat, et conduirait finalement à saper un peu plus les acquis sociaux...

Ce n’est pas le cas de la version de gauche du revenu universel, d’ailleurs repris par Benoît Hamon. Il se décline en deux versions.

La première voit le revenu universel en complément de salaire, mais à un niveau de vie correct contrairement au revenu universel libéral ou au RSA. En gros, l’idée est que quand on travaille on est payé par un salaire normal, et quand on ne travaille pas, que l’on ait cotisé ou pas, on reçoit un revenu garanti équivalent plus ou moins au salaire. Il est défendu par les disciples d’André Gorz, et il a parfois été mis en avant lors d’assemblées d’intermittents et de précaires : tout le monde pourrait travailler trois jours, en chômer huit, et ainsi de suite et avoir des indemnités conséquentes en échange, ce qui serait une grande amélioration par rapport aux dispositifs actuels en place.

Néanmoins, ce qui semble le plus important, c’est l’idée selon laquelle la généralisation de ce dispositif pousse à une énorme flexibilisation et précarisation.

En gros, cela permettrait au patronat de manière généralisée d’embaucher les gens, de les mettre au placard de manière temporaire lorsque l’activité est plus faible et de les réembaucher lorsqu’il y a beaucoup plus d’activité. Cela reviendrait donc à externaliser les salaires vers l’État et la collectivité. Le salarié n’y perd pas d’argent, mais par contre est à disposition du patron. Pour le patron c’est tout bénef, il n’est obligé de payer des salaires que lorsqu’il en a réellement besoin. Même plus besoin de payer des congés vu que le revenu est garanti… Ça pousse aussi à des formes d’emplois fractionnés, parcellisés, etc.

La deuxième modalité du revenu garanti serait, elle, plus « révolutionnaire » : le revenu garanti remplacerait le salaire adossé à l’emploi. Les gens travailleraient ou pas, et un revenu sous forme monétaire leur serait alors versé par l’État.

Parmi ses partisans, on peut citer les disciples d’André Gorz, dans les années 1990 et 2000, les membres de Cargo (Collectif d’agitation pour un revenu garanti optimal), qui va aller dans AC ! (Agir ensemble contre le chômage !).



Richesse et travail

Ce changement s’appuierait sur une mutation du capitalisme assez fumeuse : ce ne se serait plus le travail qui produirait de la valeur. En effet, pour la plupart des économistes libéraux mais aussi marxistes, ce qui produit les richesses c’est le travail. Pour les marxistes, c’est le fait que la force de travail soit une marchandise qui permet au capitaliste d’extraire la plus-value. C’est ce que l’on nomme l’exploitation : les travailleurs produisent les richesses, mais ne reçoivent qu’une partie de ces richesses sous forme de salaire, le reste allant à l’exploiteur.

La vision des partisans du revenu de base
(c) http://revenudebase.info/comprendre-le-revenu-de-base/

Pour Gorz mais aussi pour les tenants de Cargo, la valeur ne vient plus du travail. Pour Gorz, le capitalisme cognitif fait que le travail n’est plus réellement nécessaire et que c’est une sphère relativement autonome, et que le travail d’industrie ne crée plus de valeur, et c’est l’ensemble de la société en dehors du travail qui produirait les richesses.

À partir de cette conception de la valeur, étant donné que la richesse n’est plus fondée sur le matériel mais sur l’immatériel, il suffirait de mettre en place un système de revenu garanti qui abolirait en quelque sorte le capitalisme puisque le travail productif n’existe plus vraiment.

Les défenseurs du revenu de base ou du revenu garanti disent une chose simple : « De l’argent, il y en a dans la caisse du patronat, il suffit de taxer ». Néanmoins on ne sait pas combien il faudrait, ni si les patrons accepteraient vraiment. Pour nous ces conceptions, particulièrement celle qui voit le revenu garanti remplacer le salariat, relèvent d’un réformisme imaginaire, issu d’une gauche qui rêve d’un retour aux Trente Glorieuses à grands coups de baguette magique plutôt que d’une abolition du capitalisme. Toute une série de penseurs, d’économistes ont une série de mesures qui proposent d’y revenir politiquement et économiquement…

Matt (AL Montpellier)

 
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