Jeunesse scolarisée : Du fric pour les facs, pas pour les flics

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Rémi Fraisse, tué par une grenade lancée par la gendarmerie, était lui-même étudiant à Toulouse. Dans les lycées et les universités, la résistance s’organise, et la contestation des violences policières s’agrège à des revendications plus larges.

Un homme est mort  : Rémi Fraisse, tué par un tir de grenade offensive de la gendarmerie la nuit du samedi 26 octobre, sur la Zone à défendre du Testet, occupée par les opposantes et opposants au barrage de Sivens. Plusieurs manifestations ont été rapidement organisées dans plusieurs villes de France. Si des lycéens et étudiants y participent, il faut attendre la fin des vacances de la Toussaint pour que puisse vraiment s’organiser une réponse à cette échelle.

Plusieurs assemblée générales étudiantes ont eu lieu  : à Caen, Grenoble, Toulouse, Rennes, Nantes... Sauf à Toulouse (voir ci-dessous), elles ne sont pas encore massives. Du côté des lycées, en Île-de-France, dès la rentrée le Mouvement inter-luttes indépendant (Mili), issu des mobilisations de l’année passée pour la défense des sans-papiers, appelle à «  multiplier les actions, à bloquer les lycées et à manifester  ». Le 6 novembre, plus d’une vingtaine de lycées sont bloqués et 2 000 lycéens manifestent. La semaine suivante, plusieurs lycées sont bloqués à Saint-Denis et des émeutes éclatent en centre-ville. Le mouvement reste épars et peu coordonné, mais il montre au moins que les forces de l’ordre ne peuvent pas tuer dans l’indifférence générale.

Tournant autoritaire

Les différentes manifestations organisées contre les violences policières ont été fortement réprimées, souvent interdites, remettant en cause le droit de circuler et de manifester. Les manifestants et manifestantes sont gazés, frappés, arrêtés, parfois préventivement en amont du point de départ des manifestations, même lorsqu’elles sont pacifiques. Les forces de l’ordre multiplient les provocations, lancent aux manifestants que Rémi Fraisse «  l’avait mérité  », «  1-0  »...

Sûres de leur fait, elles sont en guerre contre celles et ceux qui osent contester leurs méthodes, soutenues par un gouvernement qui assume son tournant autoritaire, ne s’est pas ému de la mort d’un militant, et est prêt à tout pour empêcher la construction de la contestation. Si les violences policières sont le quotidien des quartiers populaires, si la police a tué plus de cent personnes depuis le début des années 2000, les manifestations n’étaient pas jusqu’à présent aussi durement touchées.

Faire déborder la rage

Le 12 novembre, le président de l’université Rennes-II décide de la fermeture administrative du campus pour empêcher la tenue d’une AG qui entend discuter des suites de la manifestation rennaise. Elle aura lieu le lendemain, rassemblant 400 étudiantes et étudiants. À Lyon ce sont 150 étudiants qui se rendent en AG. Le 13 novembre, 1 200 étudiants se réunissent à l’université Toulouse-Le Mirail. Ils rédigent un appel à une journée de mobilisation nationale le 20 novembre.

L’appel dépasse largement la mort de Rémi Fraisse. Il dénonce les violences et la répression policières. Il condamne le barrage de Sivens. Mais il fait aussi le lien avec l’étouffement budgétaire des universités et la précarisation croissante de ses personnels, sur lesquels la lutte s’organise à Toulouse depuis l’année dernière : «  Il y a de l’argent pour les guerres et la répression, alors qu’il en faut pour les facs et les lycées  ». Le 20 novembre, l’université est bloquée, des personnels sont en grève et une dizaine d’AG étudiantes ont lieu dans d’autres villes. Elles appellent à poursuivre le mouvement. Pour que la goutte d’eau fasse déborder la rage.

Claire (AL Saint-Denis)

 
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