Lire : « Frères de la côte. Mémoire en défense des pirates somaliens »

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Des causes oubliées ou qui nous paraissent lointaines, paradoxalement, à l’heure du net, il y en a beaucoup. La cause des « pirates » somaliens est de celle-là. Eux étaient pêcheurs, avant. Avant que l’océan Indien dans lequel ils péchaient ne soit vidé de ses poissons par des chalutiers français et espagnols. Avant que leurs côtes ne soient polluées par le déversement de containers de matières toxiques en tous genre depuis trente ans (voir le reportage Toxic Somalia sur la question), notamment responsables d’une épidémie de malformation urogénitales chez les enfants somaliens. Avant que ces eaux ne soient sillonnées par une armada formidable (des États-Unis à... l’Iran !) destinée à châtier ces gueux irrespectueux. Avant que Hollywood ne s’y mette avec le navet Capitaine Philips dont le critique des Cahiers du cinéma Joachim Lepastier dit si bien : « Voilà un film de recrutement en forme de mission de routine pour le capitaine Hanks [l’acteur], mais presque de prise d’otages du capitaine Greengrass [le réalisateur] ». Avant que la Terre entière ne s’y mette donc.

Pourtant, ces « pirates » préfèrent le nom de garde-côte car, en arraisonnant des bateaux et en prenant des otages, ils ne font que réclamer des « indemnisations » ne couvrant qu’un peu – un tout petit peu – les sommes colossales que tous les armateurs et les entreprises devraient payer si elles étaient prises en flagrant délit de déversement de matières toxiques au large des cotes habitées par des populations parmi les plus pauvres du monde.

Mais, ce que retiennent la plupart des médias occidentaux, ce sont de pauvres touristes et/ou marins kidnappés, à l’instar des bourgeois du Ponant. Le Ponant, c’est un trois-mâts de 88 mètres de long qui revenait d’une croisière au Seychelles en avril 2008 et qui, en faisant route vers sa nouvelle destination (Malte), est pris d’assaut par une douzaine de « pirates ». La trentaine de membres d’équipages seront retenus une petite semaine. Les sept « pirates », kidnappés sur le sol somalien après avoir touché la rançon (dans la plus totale illégalité, par l’armée française) resteront quatre ans dans une geôle tricolore dans l’attente de leur procès : une semaine contre ­­quatre ans !

Mais les prolos ont toujours tort aux yeux de la justice, surtout lorsqu’ils ont l’outrecuidance de prendre les armes. C’est ce que rappelle ce petit livre écrit par le collectif autonome temporaire Iskashato à lire et à conseiller histoire de contrebalancer un peu – un tout petit peu – l’enfumage médiatique permanent.

Guillaume (AL 31)

  • Collectif, Frères de la côte, Mémoire en défense des pirates somaliens, traqués par toutes les puissances du monde, L’Insomniaque, 2013, 84 pages, 12 euros.
 
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