féminisme

Migrantes : Le parcours de la combattante

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La migration féminine est souvent assimilée au regroupement familial. La figure du migrant est celle d’un homme et les femmes sont là encore invisibilisées. Or selon les statistiques du Haut Commissariat aux réfugiés, les femmes représentent près de la moitié des personnes migrantes dans le monde. Et les violences font partie intégrante de leur parcours.

Les raisons de la migration des femmes sont tout aussi diverses que celles des hommes, si ce n’est plus, car, aux raisons professionnelles ou économiques, aux conflits armés ou aux violences d’État s’ajoutent les violences spécifiques subies en tant que femmes : violences conjugales, prostitution forcée, viols, mutilations, mariages forcés et autres joyeusetés d’un monde qui, du nord au sud, de l’est à l’ouest, est gouverné par et pour des hommes.


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Cet article tiré du dossier spécial d’Alternative libertaire de novembre 2016 s’inscrit dans le cadre de la campagne d’AL contre les violences faites aux femmes.


Si, pour beaucoup de ces femmes, quitter leur pays, leur famille, leur soutien, est guidé par l’espoir d’une vie plus douce, leur arrivée en France s’avère souvent une déconvenue amère. Passés les risques du « voyage », elles doivent faire face à de nouvelles violences orchestrées cette fois-ci par l’État. Cette violence institutionnelle s’abat sur elles par bien des moyens.

La Convention de Genève, régissant le droit d’asile ne reconnaît pas les violences et les persécutions subies spécifiquement par les femmes. Et l’Ofpra, organisme délivrant le statut de réfugié en France, tend à qualifier les violences faites aux femmes de « litige d’ordre privé » ne relevant donc pas de l’asile car non politique. Or les violences domestiques sont bien politiques dans des sociétés fondées sur la domination masculine.

Enchaînées à leurs tortionnaires

De plus, la constitution d’un dossier de droit d’asile peut s’avérer particulièrement pénible et douloureux. Revivre les traumatismes et raconter par le menu les violences vécues à un parfait inconnu, qui peut d’ailleurs s’avérer être un homme, dans une langue qui n’est pas la vôtre, relève du supplice. De nombreuses femmes n’évoquent pas les viols qu’elles ont subis. Parce que le viol est tabou, ailleurs comme ici. Parce que les dossiers d’asile sont constitués par famille. Parce que leurs proches ne sont pas toujours au courant. Parce que, simplement, c’est trop dur. Parce qu’il faut des preuves tangibles (copie d’un dépôt de plainte, certificat médical…) qu’elles ne possèdent pas forcément.

Pour les femmes résidant en France sous le statut du rapprochement familial, ou d’épouse de Français, la situation n’est guère meilleure. Les violences qu’elles subissent, et qui devrait trouver protection, se retournent carrément contre elles et deviennent un risque pour le maintien de leur droit au séjour. Une femme victime de violences conjugales, en quittant son conjoint, prend le risque de perdre son titre de séjour. Ces femmes quittent leur pays à la recherche de l’émancipation et se retrouvent en France enchaînées à leurs tortionnaires.

Aux difficultés inhérentes à la condition de sans-papier, les victimes de violences sont totalement démunies et ne bénéficient d’absolument aucune protection. Elles ne peuvent pas déposer plainte au commissariat sans prendre le risque de se voir expulsées.

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A la frontière macédonienne, en septembre 2015
cc Seth Frantzman

L’oppression spécifique des femmes doit être reconnue comme cause de migration légitime et ouvrant droit à une protection particulière par l’État à travers le droit d’asile. La séparation du conjoint ne doit plus être un motif à la non-reconduction des titres de séjour. Les femmes victimes de violence devraient se voir mieux accompagnées dans leur reconstruction psychologique plutôt que de vivre dans un sentiment d’insécurité permanent. Elles devraient pouvoir s’affranchir économiquement et psychologiquement de leur conjoint violent ou abusif.

La non-reconnaissance des violences spécifiques faites aux femmes dans l’accès au titre de séjour est malheureusement un indicateur, pour celles et ceux qui en douteraient encore, du fait que, oui, nous vivons bien dans une société patriarcale régie par des lois faites par et pour les hommes.

Mathilde (AL Saint-Denis)

 
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