Réformes libérales : le gouvernement temporise avant de cogner

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La droite commencerait-elle à tirer les conséquences de sa déroute des élections régionales ? C’est ce que pourraient laisser penser les reculs qu’elle est en train d’opérer dans plusieurs domaines. Après avoir fait preuve d’inflexibilité, la droite semble vouloir adopter une attitude moins arrogante. Encore convient-il d’être nuancé et de ne pas se laisser abuser par quelques gestes symboliques enrobés d’une communication toujours aussi habile.

C’est sans doute les chercheur(se)s qui ont le plus bénéficié de « l’effet 28 mars » puisque leurs principales revendications en crédits et en création de postes sont en passe d’être satisfaites. Pour autant, ce n’est pas l’eldorado et derrière ces reculs les luttes de pouvoirs se poursuivent.

Ainsi, c’est l’Académie des sciences, peu représentative du milieu de la recherche qui aura la haute main sur l’organisation des états généraux. On y entendra des grands pontes de la recherche, le patronat, le gouvernement. Pour le Medef qui s’est exprimé récemment sur le sujet, il s’agit de faire émerger une « économie de la connaissance » contre une recherche dont les applications bénéficient à l’ensemble de la société. La recherche doit ainsi être tournée vers la seule production et les intérêts à court terme des entreprises privées. Dépassés par l’ampleur de la lutte des chercheurs, les syndicats et toutes celles et ceux qui n’ont pas intérêt à voir la recherche orientée vers les intérêts du Medef vont devoir s’exprimer pour faire prévaloir une recherche plus ouverte et plus démocratique.

Plus organisés et ayant une vision plus claire et plus politique de leurs professions que les chercheurs, les intermittent(e)s du spectacle préparent leur rentrée à l’occasion de l’ouverture de la saison des festivals. Là aussi malgré les propos volontiers apaisants du pouvoir, tout reste à faire pour casser l’accord scélérat « Medefdt » qui a réduit les droits des intermittent(e)s.

Les chômeur(se)s marseillais(e)s ont remporté une victoire devant les tribunaux en condamnant l’Unedic à maintenir leurs droits à indemnisation et en les dédommageant pour préjudice subi. Il reste à faire bénéficier les 285 000 « recalculé(e)s » d’une telle mesure et à se battre pour une convention intégrant les revendications des organisations de chômeurs, ce qui sera une autre paire de manches.

Les limites de l’action juridique

L’erreur serait de s’appuyer sur la seule action juridique. Si cette dernière peut s’avérer réparatrice, seule une stratégie d’action directe impliquant et organisant massivement les chômeurs et bénéficiant d’un réel appui des organisations syndicales combatives peut permettre de changer la donne.

C’est du reste la conjonction entre le vote sanction du 28 mars et les luttes menées dans plusieurs secteurs relevant de son champ d’action qui amènent Sarkozy à se faire en apparence plus conciliant.

Ainsi il se dit prêt à abandonner le projet d’avancement au mérite au ministère des finances. Le mérite serait évalué par service et non par agent(e)s. Prenant acte de ce changement de ton, la CGT, Solidaires, FO et la CFDT maintiennent pour autant aux impôts des actions de grève en mai contre l’avancement au mérite, pour l’amélioration des conditions de travail, des rémunérations et la défense du service publique.

À EDF-GDF, Sarko s’efforce d’éviter l’affrontement en assurant qu’il n’y aura pas privatisation, mais que le changement de statut, qui ouvre la voie à la privatisation et à la casse des régimes spéciaux de retraite, est quant à lui inévitable. Là encore les électricien(ne)s gazier(e)s possèdent un réel moyen de pression pour faire plier le gouvernement. Les nombreuses coupures de courant lors de la grève du 8 avril sont venues le rappeler.

Le profil bas adopté par le pouvoir face à plusieurs catégories de salarié(e)s est avant tout une stratégie de temporisation pour éviter une sanction électorale trop violente lors des élections européennes du 13 juin.

Ainsi en est-il sur l’assurance maladie où les grandes lignes de la contre-réforme sont arrêtées et pour laquelle le gouvernement compte sur les organisations syndicales afin de donner un peu de crédibilité à un simulacre de négociation.

On sait déjà que les mutuelles dirigées pour la plupart par le PS (Mutualité française) ont pris acte de la privatisation des dépenses de santé et ont fixé leurs nouveaux tarifs prenant échéance au 1er janvier 2005. Soit une cotisation qui va augmenter pour une couverture moindre.

La multiplication de comités de défense de l’assurance maladie un peu partout en France et d’initiatives intersyndicales doivent constituer les leviers d’une mobilisation de masse en faveur d’un droit à la santé pour tou(te)s et contribuer à bousculer l’inertie des confédérations si on ne veut pas que tout cela se termine en eau de boudin.

L.E

 
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