À Contre Courant : Pour l’émancipation sociale !

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


Escroqueries en bande bien organisée

Depuis plus de dix ans qu’ils sévissent, le COR et ses experts nous ont déjà fait le coup plusieurs fois. Ils commencent par dire qu’il est nécessaire de chiffrer et de réfléchir intensément. Pour finalement annoncer, qu’hélas, leurs études poussées et leurs calculs affinés les conduisent à de douloureuses conclusions. Attention ! - ont-ils prévenu - il va manquer 20 milliards par an d’ici 2020 pour payer les retraites. Et, saviez-vous, pensionnés frivoles et dépensiers, qu’il manquait déjà 14 milliards d’euros en 2011  ? Heureusement, le Conseil d’Orientation des Retraites veille. Méticuleux et prévoyant, il scrute inlassablement notre avenir et est parvenu, à force d’intelligence économique et mathématique, à prolonger ses courbes jusqu’en 2060.

Au COR on raisonne dans la durée. Et on travaille dans la continuité  : le premier rapport rédigé par cette instance date de 2001. A l’époque, il fut remis par sa Présidente, Yannick Moreau, à son Premier ministre, Lionel Jospin, commanditaire. En février dernier, c’est la même Yannick Moreau qui a été chargée par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault de présider une «  commission  » qui a proposé des «  pistes de réformes  » inspirées... des derniers rapports du COR. C’est un peu répétitif, mais au moins c’est sans surprise.

Que la «  mission  » dont a été chargée madame Moreau n’ait pas cru bon de prendre en compte les quelque 170 milliards d’exonérations fiscales programmées au bénéfice des patrons, n’est qu’un simple détail, n’est-ce pas ? Que les seuls intérêts de la dette publique représentent l’équivalent de l’impôt sur le revenu et combleraient plus de trois fois le «  trou  » des retraites, ce n’est pas le problème, voyez-vous. Qu’en combattant plus ou moins efficacement la fraude fiscale on pourrait boucher trois ou quatre fois le même trou, n’a rien à voir avec le sujet, soyez-en sûrs. Que les profits des 40 plus grandes entreprises aient pu dépasser les 50 milliards l’an dernier ne saurait être pris en considération par des experts aussi raffinés que ceux du COR qui savent faire preuve de tact et n’iront pas reprocher, par exemple, à Madame Bettencourt, l’augmentation de 7,9 milliards de sa «  retraite  ». Elle le vaut bien.

Sans tomber dans l’admiration béate, il faut quand même reconnaître que cette bande du COR est bien organisée et réellement efficace. À leur «  actif  »  : douze ans d’escroqueries intellectuelles distillées l’air de rien et sans être vraiment contredits, un recrutement judicieux de complices syndicaux appelés à siéger à leurs côtés et chargés d’étendre leur zone d’influence ; le tout conduisant à un détournement de richesses colossal et qui pourrait s’amplifier.

Pour l’instant, ce beau monde ne court pas grand risque. Pour qu’une justice rigoureuse retienne à leur encontre les qualifications d’escroquerie en bande organisée, de trafic d’influence et de détournement de biens sociaux, il faudrait qu’elle émane d’un mouvement social d’une ampleur vraiment exceptionnelle. Et s’ils ne sont pas jugés sévèrement cet automne, n’en doutons pas, ces gens-là récidiveront d’ici peu...

 
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