Femmes et travail : Les inégalités ont la vie dure

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En ce qui concerne le travail et les revenus, les inégalités entre les hommes et les femmes ne reculent pas. Ces inégalités sont de plus liées aux inégalités de répartition des tâches domestiques et à l’infériorisation sociale globale des femmes. La grève des femmes du 7 mars 2014 (le 8 est un samedi) sera l’occasion de revendiquer un traitement égalitaire des travailleurs et des travailleuses.

« C’est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle ; c’est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète », écrivait Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe. Le taux d’activité des femmes de 15 à 64 ans (le pourcentage de femmes qui travaillent ou cherchent du travail) croît sans cesse. Il est passé de 53,1% en 1975 à 66,2% en 2011 (dans le même temps le taux d’activité des hommes a baissé de 84% à 74,8%). Si on pense, comme Simone de Beauvoir, le travail comme source de liberté, on a là le seul indicateur positif de la condition des femmes au travail. Enfin à condition d’oublier que parmi ces femmes actives, nombreuses sont les chômeuses.

Plus de chômage, moins de salaire

En 2011, les femmes étaient chômeuses à 9,7%, quand les hommes l’étaient à 8,8%. L’écart était de quatre puis trois points dans les années 1990, il est descendu à deux points dans les années 2000 et à un point aujourd’hui. Mais cette « amélioration » n’en est pas vraiment une puisqu’elle est liée à la création d’emplois de service sous-payés occupés par les femmes. Les femmes perçoivent, en moyenne, un salaire équivalent temps complet inférieur de 20 % à celui des hommes. Plus on monte dans l’échelle des salaires, plus l’écart est important. Si on ne calcule pas en équivalent temps plein mais en salaire réellement encaissé à la fin du mois, les femmes touchent 27 % de moins que les hommes.

Le premier facteur explicatif de cet écart est le travail à temps partiel. Il explique trois points des 27 % d’écart. Le taux d’emploi à temps partiel a été multiplié par deux au cours des trente dernières années. Il stagne cependant depuis les années 1990 autour de 18 % des salarié-e-s. Les femmes sont 80% des employé-e-s à temps partiel. Environ 30% des femmes travaillent à temps partiel, tandis que 6,7% des hommes le font. La proportion de temps partiel subi est d’environ 30%. De 33% pour les hommes et de 26% pour les femmes. Les femmes représentent donc les trois quarts des salarié-e-s en temps partiel subi. Le taux de temps partiel subi est certainement sous-évalué puisqu’il est calculé sur la base des souhaits au moment de la recherche d’emploi. Et de plus, « choisir » pour garder ses enfants ou concilier vie privée et professionnelle, n’est-ce pas subir ?

Un deuxième facteur explicatif est la répartition sexuée des emplois. Les femmes sont sur-représentées dans les catégories les moins qualifiées et les secteurs d’activité les moins payés. Avec la qualification et les diplômes, ce facteur explique quinze points de l’écart de salaire.

Soigner, nettoyer, materner

Dix des quatre-vingt-quatre familles professionnelles (catégories de regroupement des professions utilisées pour les statistiques sur l’emploi) regroupent plus de la moitié des emplois féminins quand les dix familles où les hommes sont le plus représentés n’en regroupent que 30% : les femmes sont assignées à peu de métiers ou de secteurs. Les femmes représentent 74% des agentes et agents d’entretien, 64% des enseignantes et enseignants, 69% des employé-e-s de vente, 72% des employé-e-s catégorie C de l’administration publique, 97% des secrétaires, 99% des assistantes et assistants maternel-le-s, 98% des aides à domicile et aides ménagères, 91% des aides-soignantes et aides-soignants, 87% des infirmiers, infirmières et sages-femmes, 76% des employé-e-s administratifs d’entreprise.

Le travail reproduit exactement les inégalités présentes dans le reste de la société et les assignations à des rôles sociaux. Les métiers majoritairement féminins correspondent aux qualités que les stéréotypes sexistes attribuent aux femmes : capacité à prendre soin des autres, à s’occuper des enfants, à entretenir les relations, à nettoyer...

Les femmes sont ouvrières ou employées à 54,3%, elles sont cadres ou professions intellectuelles supérieures à 14,5% tandis que 45% des hommes sont ouvriers ou employés et 20,3% sont cadres ou professions intellectuelles supérieures. Moins de 20% des dirigeant-es d’entreprises sont des femmes.

Il reste neuf points d’écart de salaire inexpliqués. Peut-être l’idée ancrée qu’un salaire féminin est un salaire d’appoint ? Ou le simple sexisme des dirigeants d’entreprise qui pensent les femmes moins performantes et compétentes ?

Par le travail, les femmes ont donc conquis le droit à la pauvreté. Si on considère le taux de 50% du revenu médian comme limite de la pauvreté, 8,1% des femmes sont pauvres ; à 60%, ce taux passe à 15 %. Pour les hommes, on est à 7,4 % et 13,3 %. La pauvreté ne touche pas les hommes et les femmes de la même façon. L’écart est particulièrement marqué chez les plus âgé-e-s : après 75 ans, il y a près de trois fois plus de femmes pauvres que d’hommes à cause de la faiblesse de leur retraite (celles des femmes sont inférieures de 31 % à celles des hommes). L’écart est aussi important pour la tranche d’âge 25-34 ans, celle des mères seules qui perçoivent une allocation ou un salaire à temps partiel.

Travail domestique et maternité

Les femmes consacrent quatre heures par jour aux tâches domestiques, soit une heure de moins qu’en 1986 (les hommes y consacrent deux heures quinze, comme en 1986), dont trois heures pour le ménage et les courses (une heure quinze pour les hommes), quarante-cinq minutes pour les soins aux enfants (vingt minutes pour les hommes) et quinze minutes pour le jardinage et le bricolage (quarante minutes pour les hommes). Le taux d’activité des femmes passe de 69% avec un jeune enfant, à 60% quand il y en a deux, et à 37% quand il y en a trois ou plus.

Faisons la grève des femmes

Le travail domestique pèse sur l’activité professionnelle des femmes : sur leur taux d’activité (elles arrêtent pour s’occuper des petits enfants), sur les métiers exercés (dans des domaines compatibles avec les « qualités » féminines), sur le temps partiel (pour concilier...), sur le montant des salaires (toujours un peu d’appoint). Et les conditions professionnelles et salariales influent sur la répartition du travail domestique. Affirmons notre ras-le-bol d’être traitées en sous-salariées et en bonniches, cessons le travail et mettons-nous en grève le 7 mars 2014.

Christine (AL Orne)

Les données chiffrées de cet article sont issues des sites de l’Insee, de l’Observatoire des inégalités, du Centre d’observation de la société et de la Dares.

 
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