Grèce : La jeunesse au combat

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Au cours du mois de mai dernier, la paix sociale, s’est écroulée comme un château de cartes. Le consensus national imposé aux travailleur(euse)s, tant par le gouvernement de droite, que par l’opposition socialiste, la Ligue de patrons (équivalent du Medef) et la Confédération générale de travailleurs grecs (GSEE, syndicat étatique et seule grande centrale du pays), a été la première victime de la révolte de la jeunesse universitaire ; sans doute la plus grande depuis les années 70.

440 départements universitaires occupés (après le vote de 60000 étudiant(e)s), des dizaines de milliers de personnes dans la rue et des actions partout en Grèce, c’est la riposte au projet de loi présentée par le ministre de l’Éducation, qui multiplie les inégalités sociales dans l’éducation, et plus particulièrement dans le système universitaire. Cette loi prévoit l’établissement d’une limite de temps (dite V+2) pour l’acquisition d’un diplôme (ce qui de fait exclu les étudiant(e)s salarié(e)s de l’université), l’abolition de l’offre de livres gratuits pour les étudiant(e)s, le financement des universités sur des critères de productivité contrôlé par des managers, une restriction du droit d’asile universitaire (qui protège les campus des interventions policières) et la création de facs privées.

Cette réforme n’est qu’un renforcement du caractère de classe du système d’éducation grec : 1 jeune sur 3 quitte le lycée dit général avant l’age de 15 ans pour suivre des cours d’apprentissage en lycée professionnel. L’enseignement universitaire est divisé entre les facs « suprêmes » (IES) et les facs « technologiques » (IET) qui jouissent de droits professionnels inférieurs ; et entre les diplômes des facs « suprêmes » il existe des inégalités puisque l’éducation grecque est fondée sur une surspécialisation anti-éducative et antihumaniste façonnée par le patronat. Tout ça pour que le chômage des jeunes s’élève à 27%, sans compter les précaires et les dizaines de milliers de soldats (le service militaire reste toujours obligatoire chez nous).

La révolte étudiante est pour nous légitime et même exemplaire. Malgré les efforts de bureaucratisation du mouvement mis en œuvre par les Jeunesse communiste et certaines organisations d’extrême gauche, les assemblées générales, les comités de lutte et les coordinations locales de mobilisations restent toujours les forces puissantes dans la lutte.

Intervention libertaire

Les étudiant(e)s de l’Union syndicale libertaire (ESE), participent au mouvement, en défendant l’action et la démocratie directe et en luttant pour la radicalisation des revendications et des formes d’action. Notre force est particulièrement visible dans les facs technologiques (à Athènes l’ESE est la première force organisée dans la lutte des IET), et moindre dans les IES (nous existons sur cinq facs « suprêmes »).

Nous exigeons l’égalité entre tous les diplômes, « suprêmes » comme « technologiques » et revendiquons un diplôme unique pour chaque branche scientifique. Nous exigeons aussi des services gratuits pour les étudiant(e)s, l’abolition de tous les programmes de recherche commandés par les entreprises, des allocations élevées pour les étudiant(e)s salarié(e)s et chômeur(euse)s et nous refusons toute privatisation de l’éducation.

Le gouvernement a récemment simulé un recul, puisqu’il a repoussé le vote au parlement au mois d’octobre, mais sans retirer la loi. Son hypocrisie est évidente et le jour même, les étudiant(e)s ont subit une nouvelle attaque répressive : coup de matraques, gaz chimique, bombes lacrymogènes, plusieurs arrestations et interpellations c’est le programme éducatif de tous les jeudis (jours de manifestations étudiante). Nous exigeons une amnistie pour toutes les victimes de cette répression étatique et nous résistons à la criminalisation du mouvement social.

L’ESE appelle les syndicats à déclarer une grève interprofessionnelle pendant les prochains jours de mobilisations. Les étudiant(e)s sont dans la rue en tant que futur(e)s salarié(e)s. Ils et elles luttent pour leur droit au travail et pour leurs droits de travailleur(se)s. C’est aux syndicats de suivre les travailleur(se)s qui sont déjà dans la rue et d’exprimer leur solidarité concrète. Étudiant(e)s et salarié(e)s, c’est toutes et tous ensembles qu’on va gagner

Yannis Androulidakis, coordinateur international de l’ESE


Alternative libertaire a participée, aux côtés de la CNT, la CGA, la FA, Sud-Etudiant et des JCR, à plusieurs actions de solidarité avec la lutte des étudiant(e)s en Grèce et face à la répression qui s’abat sur le mouvement social (de nombreuses arrestations, un manifestant passé à tabac par les flics s’est retrouvé dans le coma...).

Les 13 et 20 juin des rassemblements se sont tenus devant l’ambassade de Grèce à Paris, et l’Office du tourisme grec a été occupé quelques heures à l’issue du rassemblement du 13 juin.

 
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