Grenelle de l’environnement : Un tissu de contradictions

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Que retenir du Grenelle de l’environnement ? D’une part, que l’État et le patronat se sentent à présent obligés de se pencher sur le défi écologique. D’autre part, que pour le moment ils pensent qu’un bon tas de poudre aux yeux peut suffire à calmer les inquiétudes de la population.

À la lecture des conclusions du Grenelle de l’environnement, on ne peut que se féliciter de ce que certains grands thèmes de l’écologie politique soient à présent sortis du domaine de l’utopie gauchiste, pour passer dans le domaine public. Le capitalisme français – en retard en cela sur ses homologues allemand ou scandinave par exemple – semble saisi d’une velléité d’adaptation au changement climatique auquel il contribue. Mais il y a encore loin de la parole aux actes. Qu’on en juge.

Oui au nucléaire

Le Grenelle s’est servi du prétexte des émissions de CO2 pour poursuivre la politique du tout-nucléaire. Selon le réseau Sortir du nucléaire, qui le qualifie de « Grenelle radioactif », l’événement « se révèle être une opération de préservation... des intérêts de l’industrie nucléaire […] Sarkozy a réussi à “déminer” la question écologique sans que jamais ne soit remis en cause le nucléaire, qui est pourtant une des pires calamités environnementales. La contradiction est totale entre les annonces du “Grenelle” (économiser l’énergie, isoler les bâtiments...) et la construction de nouvelles installations nucléaires ».

D’un côté on annonce des objectifs de sobriété énergétique pour les logements bâtis ; de l’autre, alors qu’il y a déjà surproduction d’électricité nucléaire en France, on renforce le programme nucléaire, avec le projet EPR. Que doit-on comprendre ? À contrario, les vraies mesures à prendre pour lutter vraiment contre le réchauffement climatique (économies d’énergie, efficacité énergétique, énergies renouvelables) sont, elles, laissées à la marge.

On continue Les OGM

Sarkozy annonce le gel des cultures OGM (en fait le seul maïs Monsanto 810) jusqu’au mois de février… sachant que le maïs se sème en mars-avril et se récolte à la fin de l’été. Alors que la dangerosité des OGM semble enfin reconnue, des Faucheurs volontaires sont toujours poursuivis devant les tribunaux alors qu’ils ont contribué à l’éveil des consciences sur cette menace. La Confédération paysanne, elle, attend toujours un moratoire sous la forme d’une « clause de sauvegarde déjà utilisée par plusieurs pays de l’Union dont l’Allemagne le plus récemment mais aussi l’Autriche, la Hongrie et la Grèce ». Le ministère de l’Agriculture a même validé l’importation de 500 000 tonnes de céréales venant d’Amérique du Sud où 90 % des cultures sont OGM, ces produits étant destinés à l’élevage. Enfin, le Grenelle se montre favorable aux agrocarburants, qui sont pourtant énergivores et déstabilisent l’agriculture (lire pages 12-13). De qui se fiche-t-on ?

On casse le fret ferroviaire

Le transport routier étant le principal producteur de gaz à effet de serre, le gouvernement évoque une revalorisation du fret ferroviaire. Hélas, les 2 000 kilomètres de TGV supplémentaires annoncées pour 2020 n’ont pas grand-chose à voir avec le fret, dont l’État et la SNCF viennent de décider la mise à mort (5 000 emplois supprimés, lire AL n°166, octobre 2007) – ce qui est, au-delà des retraites, un des motif des grèves de cet automne. La fédération SUD-Rail rappelle que le gouvernement « encourage la fermeture de gares et d’installations ferroviaires et le transfert des marchandises du rail vers la route, malgré les conséquences pour l’environnement et la sécurité. […]

Les fédérations syndicales de cheminots, comme nombre d’associations impliquées dans le “Grenelle de l’environnement” réclament un moratoire […]  : il faut arrêter les fermetures d’installations, abandons de la maintenance, suppressions d’emplois, restructurations du fret SNCF ! »

En 2012, tous les bâtiments construits devraient être à basse consommation d’énergie ; en 2020 ce seraient les bâtiments à énergie positive – qui produisent plus qu’ils ne consomment – qui seraient obligatoires. Quant aux logements anciens, leur rénovation pour mise aux normes écologiques doit être multipliée par deux. Enfin, le code des marchés publics devrait comporter des clauses environnementales.

Un plan quadriennal… sans financement

Quand on met en rapport les dépenses qu’il faudrait faire pour répondre aux ambitions du Grenelle et les recettes envisagées, on ne peut être que sceptique. Du côté des dépenses : la baisse de la TVA sur les produits écologiques, la construction de logements aux normes écologiques pour un surcoût moyen de 15 %, la multiplication par deux de la rénovation.

L’inscription de clauses environnementales dans le code des marchés publics signifie que, par exemple, les cantines scolaires seraient obligées de commander une partie de leurs produits en bio, ce qui entraînera un surcoût. L’encouragement des agrocarburants se traduira à coup sûr par des subventions aux gros agriculteurs – et malheureusement cela risque d’être un des seuls engagements concrets.

Du côté des recettes, c’est nettement plus léger : une taxe sur les importations et une taxe climat/énergie (mais en échange d’une baisse des charges patronales sur les salaires)... Pas de quoi financer grand-chose.

Erwan (AL Finistère) et Lulu (AL Rennes)

<titre|titre=Patates dopées aux pesticides>

Il vaut mieux ne pas manger de pommes de terre en cette année pluvieuse ! Les stocks annuels de pesticides ont été épuisés dès juin 2007. Pour pallier la pénurie, l’État en a importé plusieurs tonnes des Pays-Bas. Fin juin, ce surplus était déjà épuisé. L’État a alors autorisé de manière exceptionnelle l’utilisation de pesticides habituellement réservés à la viticulture...

On comprend mieux la prudence de Sarkozy qui annonce une réduction en dix ans de « 50 % des pesticides » mais uniquement de ceux « classés comme dangereux ».

 
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