Les classiques de la subversion : Jean-François Richet « Ma 6-T va cracker »

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Une fois n’est pas coutume, le Classique de ce mois-ci ne portera pas sur un livre mais sur un film, car les œuvres appelant à la révolte et à la révolution ne se limitent évidemment pas à un seul support.

Ma 6-T va crack-er, réalisé par Jean François Richet est sorti en 1996. C’est un des premiers films qui parle des cités en France, en tout cas d’un point de vue favorable aux habitants de ces quartiers. Il sort peu après La Haine (1995) de Mathieu Kassowitz. Contrairement à ce film qui commence au lendemain d’une émeute et n’offre que peu d’espoir et de perspectives collectives, Ma 6-T va crack-er s’inscrit dans une démarche inverse.

Le film commence par la description des conditions de vies dans les cités. On suit plusieurs groupes de jeunes. On voit leurs conditions de vie, le manque d’argent, les petites combines pour en récupérer un peu (« vol »). On voit aussi le business et les logiques ou celui-ci mène. Mais c’est surtout la pression disciplinaire de l’État qui est mise en avant, à l’école mais surtout le harcèlement policier. Celui-ci est particulièrement bien décrit : contrôles injustifiés, insultes, humiliations, coups, blessures. Le quotidien de la pression policière est montré sans fard ni complaisance.

Le film montre aussi la réflexion des jeunes qui aimeraient s’unir «  comme les ouvriers » (on est en 1995). Lorsque la police, par une « bavure », assassine un jeune, c’est le moment de la révolte. Le film se finit sur une grande émeute ou les jeunes de la cité affrontent toutes les forces de l’ordre et malgré leur acharnement et leur courage, finissent par perdre. Conclusion : il est nécessaire de passer de la révolte à la révolution.

Ce film a été aussi critiqué pour plusieurs raisons. La première est que depuis, son réalisateur a tourné casaque et s’est inséré dans l’establishment du cinéma français. On lui a aussi reproché d’avoir fait dire ce qu’il voulait aux rappeurs de l’excellente BO du film, qui appelle à la sédition et à la révolution. Malgré ces critiques, ce film reste intéressant. C’est un des rares qui parle des cités sans adopter un point de vue policier ou misérabiliste. Au contraire, il va pousser à l’action collective, à la lutte et clairement prendre le parti des émeutiers et émeutières justifiant leur colère. A voir et revoir.

Matthijs (AL Montpellier)

Ma 6-T va crack-er, fiction, réalisé par Jean François Richet, 1996, 1h45mn.

 
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