Municipales 2008 : La tentation « alternative »

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Les révolutionnaires qui vont aux élections le font généralement pour le témoignage. Mais les municipalités ont une dimension « de proximité » qui réveillent parfois des appétits tout différents. À tort ou à raison ?

Les élections municipales sont avant tout des élections pour des places dans l’appareil d’État. De ce point de vue, les arguments anti-électoralistes classiques restent valables : les institutions sont « bourgeoises », c’est-à-dire qu’elles sont conçues pour gérer le capitalisme, pas pour s’y opposer. Elles offrent une fiction de neutralité puisque s’y mêlent bourgeoisie et prolétariat, mais il est impossible de remettre réellement en cause le fonctionnement de ces institutions puisque l’essentiel du pouvoir, le pouvoir économique et étatique, se joue en-dehors d’elles.

Cependant, les élections municipales ont deux caractéristiques spécifiques qui les font souvent envisager sous un autre angle.

Le piège de la « proximité »

Tout d’abord, il s’agit d’un mandat local, donc l’élu-e est censé être proche de ses mandantes et de ses mandants. Ceci peut a priori permettre un meilleur contrôle du mandat et plus d’intervention « concrète » des mandants sur l’action de l’élu-e. Ensuite, le mode de scrutin peut faire espérer à certaines petites formations politiques influentes localement l’obtention d’élu-e-s auxquels elles ne pourraient prétendre par ailleurs. Ces deux spécificités des élections municipales poussent la plupart des courants politiques à tenter d’y présenter des candidat-e-s.

Cette année, la plupart des organisations politiques à la gauche du PS ont décidé de faire de ces élections une échéance centrale. Ainsi, LO a décidé de proposer son soutien dès le premier tour au PS, en présentant des listes communes. LO est allée jusqu’à exclure sa minorité, la Fraction l’Etincelle, du fait de son opposition à cette politique d’alliance. La LCR voit ces élections comme une étape de construction de son nouveau parti et a d’ores et déjà annoncé qu’elle tenterait de fusionner dans plusieurs villes (dont Paris) ses listes avec celles du PS au deuxième tour, également dans le but d’avoir des élu-e-s. Enfin, on voit comme à chaque élection municipale nombre de collectifs « alternatifs », souvent animés par des militant-e-s de gauche, présenter des listes.

L’approche est différente mais le but est le même : obtenir des élu-e-s dans les municipalités. Pour quoi faire ? Les réponses ne sont jamais claires. Pourtant il serait grands temps de tirer un bilan de l’action de ces élu-e-s et de s’interroger sur leur utilité réelle.

Les différentes expériences ont en effet buté sur un premier écueil : la plupart de ces élu-e-s sont absorbés par leur mandat et gèrent le capitalisme plus qu’ils ne le remettent en question. Les attentes des électrices et des électeurs sont en effet importantes, plus que pour les élections nationales où la trahison des promesses électorales est depuis longtemps devenue une banalité. La tentation est alors grande pour l’élu-e de rompre avec la posture tribunicienne et d’« agir localement » du mieux qu’il peut, de façon à pouvoir présenter un « bilan », quitte à prendre parfois des décisions contraires à son projet politique.

Résister à la pression institutionnelle est très difficile et le caractère de « proximité » des élections municipales est un piège plus qu’une opportunité pour les anticapitalistes. La plupart des listes « alternatives » mésestiment la puissance d’intégration des institutions… et au bout de quelques mois de gestion, elles sont totalement digérées – il n’est qu’à voir l’expérience des Motivé-e-s à Toulouse entre 2001 et 2008.

Des contre-pouvoirs contre la délégation

Est-il possible de résister à ce phénomène d’intégration ? Pour répondre à cette question, partons d’une comparaison. Une ou un militant syndical – même révolutionnaire – peut très bien se laisser dévoyer dans le jeu de la cogestion. Délégué-e-s du personnel, comités d’entreprise, comités hygiène-sécurité, conseils d’administration : les institutions paritaires ne manquent pas, qui accaparent les syndicalistes et en transforment beaucoup en cogestionnaires aux petits pieds. Cette dérive est due plus globalement à une conception dévoyée du syndicalisme : les syndicalistes de lutte sont censé-e-s faire une utilisation toute autre de leurs mandats, et s’appuyer sur les informations qu’ils ou elles peuvent récolter pour impulser des réunions du personnel et des mobilisations collectives. Ce qui va empécher les syndicalistes de lutte de sombrer dans la cogestion, ce n’est pas leur simple volonté, mais c’est avant tout l’organisation collective des syndiqué-e-s et le soutien qu’il va pouvoir trouver auprès des équipes militantes.

Le cas des élu-e-s révolutionnaires est similaire : ce qui empêcherait l’élu-e de se laisser absorber, ce serait l’organisation collective des habitant-e-s des quartiers. Mais pour ce qui nous concerne, aujourd’hui, en France, les élections politiques n’offrent aucun cadre permettant des pratiques militantes en rupture avec la délégation de pouvoir. C’est en effet la désorganisation qui domine dans les quartiers : le mouvement social des quartiers est à un état embryonnaire sans implantation significative et actuellement beaucoup d’associations de quartiers ont avant tout un rôle de flics sociaux. La première raison de notre refus de donner des consignes électorales est bien là et non pas parce que les résultats de ces élections nous laisseraient indifférents.

En essayant d’avoir des élu-e-s municipaux, la LCR et LO inversent le problème en pensant pouvoir utiliser ces élu-e-s pour acquérir une assise militante dans les quartiers, voir pour y construire un mouvement social. Hors sans cette assise militante, c’est la délégation de pouvoir qui s’installe, et les rapports entre élu-e et mandant-e-s restent des rapports paternalistes. La priorité aujourd’hui n’est pas l’obtention d’élu-e-s, mais l’intervention révolutionnaire dans les quartiers populaires.

Grégoire Mariman (AL Paris Sud)

<titre|titre=AL et les élections municipales>

Au niveau fédéral, Alternative libertaire ne présentera pas de listes aux municipales et ne soutiendra aucune des listes concourrant au scrutin. Alternative libertaire ne donnera au plan national aucune consigne concernant le scrutin municipal de mars 2008. Localement, les collectifs pour une Alternative libertaire restent libres de leurs choix, en rappelant la position fédérale de l’organisation.

 
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