Paranoïa sioniste : Israël isolé, Israël désolé

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« La Révolution en Egypte, c’est mauvais pour les Juifs »}}. Ces propos paranoïaques de Zvi Mazel, ancien ambassadeur d’Israël en Egypte n’ont rien de surprenants, dans un contexte où il y a « bons » et « mauvais » Arabes, et « pas de partenaires » pour faire la paix. La révolution égyptienne ébranle toute une mythologie israélienne.}

Dans l’Histoire, les dirigeants sionistes ont toujours recherché le « bon » Arabe, celui qui faciliterait l’entreprise coloniale. Depuis le féodal vendant ses terres en Palestine (début du XXe siècle), la dynastie Hachémite – jordanienne – s’accordant à partager la Palestine (années 1930), jusqu’aux phalangistes libanais, alliés indéfectibles des Israéliens y compris lors du massacre de Sabra et Chatila.

La paix séparée entre Egypte et Israël, signée par Sadate et Begin, aurait pu avoir un sens : « la paix contre les territoires ». De part et d’autre, elle s’est avérée une machine de guerre contre les Palestiniens. Avec ce retournement d’alliance, l’Egypte a approuvé les deux invasions du Liban et la répression sanglante contre les deux Intifadas. Israël et l’Egypte sont aujourd’hui les deux faces d’une même politique américaine au Proche-Orient. Tous deux reçoivent l’essentiel de l’aide militaire et économique. Le Hamas étant censé être lié aux Frères musulmans, Moubarak a contribué au blocus hermétique de Gaza et approuvé le massacre de l’opération « Plomb durci ». Il aurait été ravi d’une « attaque préventive » contre l’Iran. Les deux pays sont même complices dans la chasse aux sans-papiers venus d’Afrique de l’Est.

En Israël, la majorité de l’opinion publique espère qu’à terme, les Palestiniens deviendront des indigènes dociles, incapables de réclamer leurs droits. Pour un tel projet, un allié comme Moubarak n’a pas de prix.

Et maintenant ?

Depuis plusieurs années, le rapport de force en faveur d’Israël semble écrasant : le pays n’est pas menacé militairement, la Palestine est divisée, l’alliance américaine inconditionnelle – confirmé par le veto américain au Conseil de Sécurité – et les dirigeants arabes complices. Échaudée par la chute de Ben Ali, la CIA a contrôlé celle de Moubarak et a facilité la conservation du pouvoir par l’armée avec ses hommes (Souleiman, Tantaoui) aux commandes. Le nouveau régime s’est empressé de dire qu’il respecterait les accords internationaux. Et la question palestinienne n’a pas joué de rôle dans la révolution égyptienne. Pourtant la chute de Moubarak est catastrophique pour les dirigeants israéliens.

Le discours dominant s’écroule.

Les Israéliens ont toujours affirmé « ne pas avoir de partenaire pour la paix » chez les Palestiniens, c’est-à-dire de dirigeant prêt à capituler sur tout. Le sort de Moubarak n’incitera pas l’Autorité palestinienne à poursuivre des simulacres de négociation.

La propagande israélienne s’est toujours inscrite dans le choc des civilisations, les Arabes étant d’affreux terroristes religieux voulant détruire Israël, et les dictatures étant « nécessaires » pour contrer les islamistes. La dignité et la soif de liberté des révoltes actuelles balayent ces conceptions racistes. Au contraire, la « seule démocratie du Proche-Orient » apparaît de plus en plus pour ce qu’elle est : un pays où les 50 % de la population qui ne sont pas juifs n’ont aucun droit.

Les plus lucides parmi les Israéliens savent comment la guerre de 1967 a contribué à écraser dans le monde arabe les mouvements progressistes, à transformer ces pays en dictatures mafieuses. Cette période s’achève. Et des régimes obligés d’être démocratiques auront tendance à être concrètement solidaires des Palestiniens. Les questions du blocus de Gaza et de la division palestinienne vont être posées.

Dans son histoire, le sionisme a toujours voulu internationaliser la question palestinienne. Peut-être Nétanyahou est-il tenté par une aventure militaire au Liban ou en Iran ? Mais après la chute de Moubarak, si le côté criminel du sionisme est toujours aussi patent, son aspect suicidaire se révèle un peu plus.

Pierre Stambul (AL Toulouse)

 
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