Pour l’égalité : Résister à la politique raciste de la gauche

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Un an et demi après le début du mandat de François Hollande, le gouvernement n’a pas changé de cap politique à l’égard des populations racisées. Lui aussi a besoin de boucs-émissaires pour masquer la casse sociale qu’il organise. La riposte unie de toutes les victimes du racisme et de l’exploitation s’impose plus que jamais.

Le changement, il ne faudra pas l’attendre non plus de la politique concernant les immigré-e-s et autres victimes du racisme. La circulaire Valls de novembre 2012 présentée, comme un assouplissement des conditions de régularisation, soumet tout autant les sans-papiers au patronat et à la précarité du permis du séjour. Valls demande aux Roms de s’intégrer mais n’abroge pas la circulaire du 22 décembre 2006 qui interdit de facto aux Bulgares et aux Roumains de travailler en France, dans des termes tels qu’ils jettent les Roms dans le travail au noir, la misère ou la mendicité. Le harcèlement quotidien par les forces de police continue dans les quartiers, et Valls a refusé d’instaurer le récépissé lors des contrôles d’identité, qui pourrait permettre de lutter contre le contrôle au faciès. Quant au droit de vote des étrangers aux élections locales, le gouvernement a là aussi reculé.

Trahisons et paternalisme

Même les insultes tout droit sorties d’une exposition coloniale du début du XXe siècle à l’encontre de Christiane Taubira – comparée à une guenon par une candidate FN, invitée à manger des bananes par des manifestants homophobes à Angers, et interpellée par le curé intégriste Xavier Beauvais aux cris de « Y a bon Banania, y a pas bon Taubira » – n’ont guère suscité d’indignation parmi ses collègues du gouvernement.

Le gouvernement PS/EELV a validé toute la politique raciste de ses prédécesseurs. Comment s’étonner des violences et de l’impunité policières, des agressions racistes, islamophobes, ou contre les Roms, quand le gouvernement, par la voix notamment de Manuel Valls, les valide voire les génère ?

Rien de tout à fait contre nature dans tout cela, cependant. L’histoire de la « gauche » n’a rien à envier à celle de la droite en matière de racisme : rappelons la légitimation de l’aventure coloniale au XIXe siècle ou l’attitude d’un Mitterrand votant les pouvoirs spéciaux durant la guerre d’Algérie. Ce mois-ci nous célébrons les trente ans des marches pour l’égalité [Voir articles pages 4 et 16-17], et nous savons bien que trahisons et paternalisme sont une constante de la social-démocratie française, et qu’il n’y a rien d’autre à attendre d’elle qu’un discours moralisant, invoquant « république » et « intégration ».

Boucs-émissaires

Hollande et le gouvernement battent des records d’impopularité. Rien de tel dans ces cas-là que de ressortir des boucs-émissaires, des ennemis intérieurs responsables de tous les maux : aujourd’hui, ce sont les musulmans et les Roms qui servent de paratonnerres.

Les stigmatisations racistes ont en effet pour but de diviser les classes populaires pour éviter que n’émerge un vaste mouvement des opprimé-e-s contre les politiques de casse sociale qui détruisent toujours plus leurs conditions de vie. Tant qu’une partie du prolétariat s’en prend à une autre, plus dominée et exploitée encore, au lieu de s’en prendre aux exploiteurs, le patronat et l’oligarchie politique peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Les stigmatisations sont aussi une réaction à la sortie des personnes issues de l’immigration de l’invisibilité où étaient relégué-e-s leurs parents, qui remet en cause l’image d’une France exclusivement blanche et chrétienne. Il s’agit de les maintenir dans la position que les dirigeants veulent les voir occuper, en les obligeant à s’assimiler ou à demeurer des travailleurs de seconde zone.

L’épouvantail du voile a ainsi été ressorti, avec cette fois-ci la proposition de l’interdire dans les universités, mesure raciste et excluante pour les femmes qui le portent. Pour ce qui est des Roms, rappelons simplement la phrase de Valls justifiant leur expulsion au motif qu’ils ne seraient pas intégrables. Le racisme à l’égard des Roms et des musulmans permet de stigmatiser autant les populations immigrées et sans papiers que les nationaux issus de la colonisation et justifient donc la xénophobie d’État, les discriminations (légales ou pas), la précarisation, et la répression policière.

En finir avec ce racisme systémique

Pour s’opposer à ces politiques, de nombreuses actions ont été mises en place : en septembre a eu lieu la marche des sans-papiers du grand Paris, mais qui n’a pas vraiment réussi à mobiliser au-delà des réseaux habituels. Le collectif Mamans toutes égales a organisé un rassemblement devant l’Unicef le 15 mai dernier pour protester contre l’interdiction du voile aux mères accompagnant les sorties scolaires. En Seine-Saint-Denis, les Roms et les associations tentent de se coordonner au sein de la Plateforme 93 et se sont mobilisé-e-s à plusieurs reprises contre les expulsions des bidonvilles et pour la scolarisation des enfants [1]

Des mobilisations contre les violences policières ont aussi eu lieu, dans la mesure où les policiers coupables d’agressions racistes ne sont pas plus inquiétés sous Valls que sous Hortefeux ou Guéant. Ainsi, la lutte des habitants et habitantes de Trappes en juillet suite au contrôle d’identité musclé d’une femme voilée a permis de mettre en lumière les dérives racistes récurrentes des forces de répression. À Garges-lès-Gonesse en octobre, une mobilisation s’est organisée autour de la famille Saounera suite aux violences commises par la police à leur domicile (la mère a été frappée, humiliée et leur appartement aspergé de gaz lacrymogène).

Dernièrement, l’espoir est venu de la mobilisation des lycéennes et lycéens, rejoints par les étudiants et étudiantes, pour protester contre l’expulsion de Leonarda et Khatchik, jeunes scolarisé-e-s respectivement au collège et au lycée. La mobilisation de la jeunesse a permis d’ouvrir une brèche idéologique qu’il nous faut exploiter. Elle a débouché sur une journée nationale de manifestations, appelée par des associations, syndicats et organisations politiques, le 16 novembre [voir page suivante]. Demain, seule l’union dans la rue et dans la lutte des Roms, des musulmans, des femmes voilées, des personnes racisées en général, des sans-papiers, et de toutes les victimes de discriminations, de violences policières, peut permettre d’en finir avec ce racisme systémique. Ce combat antiraciste est un axe majeur car sans lui, pas de reconstruction de la solidarité de classe. À l’occasion des trente ans des marches, nous devons nous rappeler que la lutte a permis à la génération des années 1980 de sortir de l’invisibilité. Et que ceux qui sont aujourd’hui à l’Élysée et à Matignon ont tout fait pour les y remettre...

Nicolas Pasadena (AL Montreuil)

[1voir « Sur le terrain : La scolarisation des Roms en question » dans AL n° 232 d’octobre 2013.

 
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