Solidarité concrète : La Cantine n’est pas morte

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Espace autogéré de convergences des luttes et de convivialité, la Cantine des Pyrénées à Paris a été expulsée. Preuve que la solidarité de classe fait peur aux dominants. Retour sur cette expérience qui a encore un avenir.

Lundi 11 août au petit matin, la Cantine des Pyrénées a été expulsée dans un XXe arrondissement vidé de beaucoup de ses habitants pendant les vacances. Les six personnes qui y logeaient ont été virées, certaines se voyant proposer des solutions d’hébergement d’urgence délirantes, complètement inadaptées à leurs situations, et très loin du quartier (mais qui ne rêve pas d’une nuit en centre d’accueil à Nanterre ?).

Comme la Miroiterie, squat historique expulsé en juillet, le lieu a été muré sans que les quelques présents puissent faire grand-chose. La Cantine, c’était quoi ? Un lieu d’habitation pour une poignée de mal-logé-e-s, une cantine pas chère, et surtout un lieu de convergence des luttes et des solidarités locales concrètes contre la machine à gentrifier qu’est la mairie du XXe arrondissement. Il y avait à manger (et des bonnes choses !) pour tout le monde, du soutien administratif pour celles et ceux qui en avaient besoin, des cours de français, des moments conviviaux. Le collectif a fait vivre joyeusement l’autogestion et proposé un espace d’émancipation et de solidarité pendant deux ans, au cœur d’un quartier où le lien social se maintient et où les luttes locales se rencontrent. Un vrai esprit d’ouverture régnait, personne ne restait à la marge, et la mixité impressionnait celles et ceux qui passaient la porte. Alternative libertaire en a bénéficié aussi, lorsque nous avons pu organiser un repas de soutien pour des camarades inculpés au printemps dernier.

A contre-courant de la logique de l’institution

Évidemment, ce type d’entreprise ne plaît pas trop aux gestionnaires de l’espace public : les pratiques anticapitalistes, autogestionnaires (et même antigestionnaires !) vont complètement à contre-courant de la logique de l’institution, qui consiste essentiellement en la récupération d’initiatives locales militantes pour les vider de tout potentiel politique, et en faire un outil au service de l’ordre. Tout le monde s’y était mis : les flics, l’Urssaf, l’hygiène sont passés successivement, et la propriétaire a fini par obtenir l’ordre d’expulsion après deux procès.

Alors que certaines attaques étaient frontales, Frédérique Calandra, la maire socialo du XXe, a louvoyé : quand le lieu est devenu expulsable, elle a prétendu soutenir le collectif dans la recherche d’un local durable. Promesse non tenue, puisqu’une fois passées les élections municipales, elle s’est complètement désintéressée du sort de la ­Cantine. Le collectif, ouvert à toute possibilité de trouver un local, était prêt à négocier un loyer – modique – et a proposé à plusieurs reprises des solutions de logement pour les habitants et habitantes et les activités, qui se sont vues rejetées puis complètement ignorer. Cette position de la mairie – soutien affiché mais sans aucune action concrète – est bien pratique pour se dédouaner de laisser expulser l’endroit.

Cette expulsion ne suffira pas pour mettre fin aux projets du collectif, mais celui-ci a besoin du soutien le plus large possible pour perdurer. Des repas sont toujours organisés, à prix libre, chaque samedi à midi, pour une durée indéterminée pour le moment. L’occasion pour, autour d’un bon petit plat, continuer à échanger, à s’entraider, et chantonner : « Tout ça n’empêche pas, Calandra, que la cantine n’est pas morte ! »

Clem (AL Paris Nord-Est)

 
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