Analyse

Lire : Astarian, Luttes de classes dans la Chine des réformes

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Le Parti communiste chinois a échappé au destin de son homologue soviétique en se lançant dans une politique de réformes et d’ouverture commerciale contrôlées. Parmi les bouleversements que ces réformes ont entraînés, et qui voient la Chine émerger comme la 2e puissance mondiale, il y en a un qui effraie particulièrement les classes dirigeantes : la montée des luttes ouvrières. L’essayiste Bruno Astarian propose une description détaillée de la structure du capitalisme chinois en évolution, raconte ce qu’est le hukou – un permis de résidence qui transforme en sans-papiers des millions de travailleuses et de travailleurs issus de l’exode rural –, analyse les conflits paysans, le vieux et le jeune prolétariat. Astarian ose d’ailleurs une thèse quelque peu iconoclaste en récusant l’idée d’une possible « montée en gamme » du capitalisme chinois, qui selon lui restera arrimé à son statut d’« atelier du monde » subordonné à l’Occident. La classe ouvrière y restera pauvre, la paysannerie misérable, et les classes moyennes restreintes.

Les éditions Acratie – qui ont nettement amélioré leur présentation – livrent là un ouvrage roboratif, assez austère même, très instructif en tout cas. La partie la plus attendue de l’ouvrage – la conclusion sur les perspectives révolutionnaires dans l’Empire du Milieu – est hélas la plus décevante. Astarian lit l’avenir dans les étoiles, dépeignant une révolution idéale, sans partis, ni syndicats, ni conseils qui viendraient parasiter le développement linéaire de la « communisation » spontanément réalisée par un prolétariat bien sûr non organisé. On écarquille les yeux devant cette approche, disons, « poétique » de la révolution, ne tenant compte d’aucune des expériences du XXe siècle en la matière, et revenant par là à un certain idéalisme anarchiste d’avant-1914 !

Guillaume Davranche (AL 93)

• Bruno Astarian, Luttes de classes dans la Chine des réformes (1978-2009), Acratie, 2009, 176 pages, 15 euros.

 
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