Lire : Ziegler, « La Haine de l’Occident »

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Au fil de ses écrits comme de ses interventions publiques, Jean Ziegler stigmatise les « cosmocrates », « ces nouveaux seigneurs féodaux », qui mènent une « guerre économique permanente » dans l’unique but d’étancher leur inextinguible soif de profits. Dans son dernier essai, il dissèque les deux variantes de la « haine » qu’éprouveraient les peuples du Sud. L’une serait « pathologique », aveugle, c’est celle des groupuscules djihadistes qui frappent sans discernement en instrumentalisant des causes justes. L’autre serait « raisonnée », vécue comme une « force mobilisatrice ». La « mémoire blessée » par des siècles de domination coloniale et d’esclavagisme se mue en « conscience », en « revendication de repentance et de réparation ». L’ex-rapporteur spécial à l’ONU pour le droit à l’alimentation (de janvier 2001 à mars 2008) répète inlassablement le scandale suprême : « Toutes les cinq secondes, dans le monde, un enfant de moins de dix ans meurt de faim ou d’une maladie provoquée par la malnutrition ». Au regard de la production agricole globale, à même de satisfaire les besoins de douze milliards de personnes, il s’agit sans conteste d’un « assassinat », perpétré avec la complicité active du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC. Mais, malgré le réquisitoire accablant qu’il dresse d’une plume alerte, le Suisse garde sa confiance dans la capacité de « riposte sociale » des citoyens, ici comme ailleurs. L’exemple de la Bolivie lui inspire maints motifs d’espoir. Après les mobilisations populaires de la « guerre du Gaz » à partir de 2003, le premier président indien en Amérique du Sud, Evo Morales, avait dû promettre dès son accession au pouvoir en janvier 2006, que les champs pétrolifères et gaziers seraient nationalisés. Une condition capitale en vue d’une répartition plus équitable des richesses. L’issue de la bataille est encore incertaine.

René Hamm

• Jean Ziegler, La Haine de l’Occident, Albin Michel, 2008, 304 pages, 20 euros.

 
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