A contre-courant : L’irrésistible chute de Sarkozy

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


Le pouvoir a toujours compris une dimension de mise en scène, destinée à renforcer la part d’autorité dont il se constitue. En se grandissant aux yeux de leurs sujets, les gouvernants cherchent à susciter crainte et admiration pour se faire obéir sans recours à la contrainte ouverte.

Nicolas Sarkozy a choisi d’infléchir cette dimension spectaculaire vers l’illusionnisme. Tout l’art de l’illusionniste consiste à faire croire aux spectateurs que l’on fait quelque chose alors que l’on ne fait rien ou autre chose, le tout en détournant leur regard et leur attention vers autre chose encore. Pour cela, il faut que l’illusionniste sature la communication par la parole, le geste, les mimiques, les paillettes, la lumière, etc., pour créer finalement un état de suggestion chez le spectateur capable d’induire en lui la plus naïve des crédulités, et finit par jurer avoir vu sortir un lapin d’un chapeau.

C’est ce que Sarkozy tente de faire depuis quelques mois. C’est à cette fin en tout cas qu’il colonise la communication médiatique, multiplie les déplacements urbi et orbi et les apparitions télévisées, alternant déclarations fracassantes, promesses alléchantes et affichage people. Le tout avec la complicité d’une claque journalistique plus que jamais enchantée de porter la livrée du pouvoir et d’en célébrer la geste. Et, pendant ce temps-là, on en oublierait presque les mauvais coups portés par son gouvernement : démantèlement du droit du travail, institution de franchises médicales, parachèvement de la dégradation de l’assurance vieillesse, etc. Du grand art, pense-t-on, y compris dans nos propres rangs, où l’illusionniste est haï mais dont l’art n’en est pas moins admiré.

En fait, Sarkozy est un piètre illusionniste. Tout en lui trahit l’amateur mal assuré. Et tout d’abord le non-respect de cette règle élémentaire de l’illusionnisme : le crescendo. Pour gagner la confiance du public il faut commencer par des petits coups faciles à réussir, puis monter progressivement en puissance. Or c’est tout le contraire qu’a fait Sarkozy. D’emblée, il a promis de nous décrocher la Lune : de relancer la machine économique, de faire reculer le chômage, d’augmenter le pouvoir d’achat, etc. Autant d’objectifs irréalisables et qu’il savait tels. Sa crédibilité ne peut qu’en souffrir.

Ensuite, la confusion des genres. Comme tout homme de spectacle, l’illusionniste doit respecter son public – ou du moins faire croire qu’il le respecte. Le cynisme lui est interdit. Or celui de Sarkozy n’est que trop évident. L’État français serait, paraît-il, quasiment en état de cessation de paiement ; mais il se fait voter par le Parlement une augmentation de traitement de 130 % après avoir refilé un cadeau fiscal de 15 milliards à ses copains et coquins de la jet set. Il glose sur « la politique de civilisation » (késaco ?) tandis que, sur ses instructions d’hier et d’aujourd’hui, la barbarie se donne de plus en plus libre cours dans la chasse aux « sans-papiers ». Et il rejette déjà comme nul et non avenu tout rappel de ses promesses antérieures d’augmentation du pouvoir d’achat, non tenues parce qu’intenables au regard de ses propres orientations politiques.

Déjà le public murmure. Demain, il sifflera l’histrion et lui lancera des tomates mûres et des œufs pourris. Et il viendra un temps, moins éloigné qu’on ne le pense, où il finira par monter sur scène et casser la baraque de foire où il se produit actuellement encore.

A Contre-courant, janvier 2008

 
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