Cinéma de plein air Paris XIXe - La Villette : La bataille pour la gratuité

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Les festivals de film en plein air, dont la programmation est gratuite, constituent une exception qui fait désordre face à la marchandisation de la culture. Cet été, la remise en cause de la gratuité d’un de ces festivals a entraîné une lutte pour le droit à la culture.

Avec le cinéma à 9 euros, les expositions nationales, le théâtre ou les concerts à des prix tout aussi prohibitifs, la culture est un luxe auquel seule une minorité peut avoir accès dans une large mesure. Le festival de film en plein air de la Villette a été rendu payant à raison de 2 euros par séance (sauf pour les chômeurs et chômeuses et rmistes) en juin dernier. La direction du Parc de la Villette a justifié sa décision en expliquant qu’elle avait été contrainte d’agir ainsi, face à la prétendue pression du Centre national du cinéma (CNC) qui a décidé en 2007 de contrôler la programmation des festivals de film en plein air gratuits, notamment pour les œuvres récentes. Argument assez surprenant car les autres festivals gratuits n’ont pas suivi la logique du parc de la Villette. Autre raison invoquée, la fin de la gratuité était nécessaire pour pouvoir continuer à bénéficier d’un financement par la publicité. Il est donc merveilleux de savoir qu’en payant deux euros, il sera possible de voir de la pub… et accessoirement du cinéma.

Quelle culture, pour qui ?

Enfin, le communiqué évoque le contexte concurrentiel et là, effectivement, tout devient plus clair. On pense alors aux projets de multiplexes dans les XVIIIe et XIXe, convoités par les groupes Pathé et MK2. On sait par ailleurs que le site de la Cité des sciences est promis à une restructuration, qui devrait en faire une grande galerie marchande autant qu’un établissement public de vulgarisation des sciences et des technologies.

Pour toutes ces raisons les militantes et militants du Réseau XIXe, collectif anticapitaliste rassemblant depuis près d’un an des militant-e-s d’AL, des Alternatifs, du collectif unitaire antilibéral, de la LCR et du NPA, du PCF, de la CGT et de Solidaires entre autres, ont décidé de lancer une campagne pour le rétablissement de la gratuité du festival et pour le droit à la culture. Ils et elles ont impulsé le collectif Cinéma en plein air gratuit, dont la pétition a été signée par près de 3 000 personnes. Ce collectif a contribué à fédérer habitué-e-s du festival, cinéastes et comédiens (Marcel Trillat, Julie Bertucelli, Christophe Otzenberger, Judith Henry…).

Le collectif a diffusé tracts et pétition à de nombreuses projections, et a pu constater qu’une partie du public rebroussait chemin en apprenant que la soirée était payante. Et de fait, la fréquentation est en chute libre par rapport à 2007 avec plusieurs dizaines de milliers de personnes en moins. Gageons qu’il s’agit du public des classes populaires du XIXe, de Pantin, d’Aubervilliers ou de Bobigny qui en fait le plus les frais.

Face à cette interpellation et à son écho dans les médias, la direction du Parc de la Villette et le CNC, très embarrassés de cette mauvaise publicité, ont reçu le collectif et une nouvelle réunion est prévue en septembre. Le retour à la gratuité n’est pas acquis mais la campagne a marqué des points et laisse espérer que ces pontes de la culture finissent par revenir de leurs certitudes.

Laurent Esquerre (AL Paris Nord-Est)

 
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