Edito : Working class heroes




C’est à un authentique 1er Mai de lutte que les manifestantes et les manifestants parisiens ont participé cette année.

La présence massive et extrêmement énergique de milliers de travailleurs sans papiers en grève pour leur régularisation, essentiellement dans les rangs de la CGT mais aussi à la CNT et à SUD y est pour beaucoup. Enfin le syndicalisme s’est saisi de la question sociale cruciale des sans-papiers… à moins que ce ne soit l’inverse !

Depuis l’occupation de l’église Saint-Bernard en 1996, les sans-papiers ne s’étaient jamais engagés dans une lutte d’ampleur prenant appui sur leur insertion bien réelle dans le mouvement ouvrier. C’est chose faite aujourd’hui.

Et c’est peu dire que ces travailleuses et ces travailleurs ont fait preuve d’un courage et d’une détermination exemplaires en s’engageant dans un combat doublement ardu contre l’État et le patronat. Pourtant des victoires ont déjà été arrachées !

Certes, rien n’est fini, les régularisations se font encore attendre et les grèves continuent.

Mais le fait est là, il y a eu un tournant : le mouvement syndical s’est adressé aux sans-papiers sur des bases de classe – en tant que producteurs et productrices – et pas seulement sur des bases humanistes – en tant qu’immigrés – fussent-elles légitimes par ailleurs.

L’existence de ce prolétariat ultra-précarisé et invisible parce que sans papiers est désormais l’objet d’une lutte syndicale de masse.

Tout comme, avant 1945, le syndicalisme avait su braver les préjugés xénophobes du prolétariat pour intégrer les travailleurs immigrés d’alors, italiens ou polonais, en mettant au centre de sa doctrine la solidarité de classe contre la prétendue solidarité « de race », le mouvement ouvrier du XXIe siècle, en syndiquant les travailleurs immigrés d’aujourd’hui – maliens, sénégalais, gabonais, congolais, maghrébins ou asiatiques a su retrouver ce fil conducteur de l’action syndicale : « une injustice faite à l’un est une injustice faite à tous ».

Dans tout l’Hexagone, il faut prendre appui sur les régularisations gagnées pour transformer l’essai et revendiquer une régularisation massive.

Alternative libertaire, le 21 mai 2008

 
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