Fukushima : Le pire est encore à venir

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La situation empire à Fukushima, tout comme dans le reste de l’archipel. Contrairement à ce que les médias dominants veulent nous faire croire, le peuple japonais n’hésite pas à descendre dans la rue pour protester contre l’industrie criminelle du nucléaire.

Les médias français ont été prompts à relayer l’idée que les Japonais seraient une espèce étrange, descendue de la lune, d’autant plus apathiques qu’ils ont le culot de parler une langue qu’aucun des envoyés spéciaux ne pouvaient comprendre. Le summum de la bêtise fut atteint par un Alain de Chalvron expliquant qu’au Japon, « on ne va pas sortir dans la rue, on ne va pas manifester, on ne va pas crier ». « Sont pas comme vous les gueux, à faire grève tout le temps », devait-il penser en s’adressant aux téléspectateurs. Car le peuple japonais, c’est le rêve incarné du Medef et de l’oligarchie médiatique. Pourtant, dimanche 10 avril, visiblement insensible aux assertions du grand reporter, ils étaient plus de 15 000 à descendre dans les rues de Tôkyô pour demander la sortie du nucléaire. Une manifestation d’une ampleur inégalée depuis celle de 2003 contre la guerre en Irak. Les Japonais manifestent car la situation, loin de se stabiliser, empire.

Mourir pour 2 000 euros par jour

A Fukushima, il y a toujours trois cœurs de réacteur en fusion, dont le réacteur numéro 1 à plus de 70 %. Certes, ce réacteur est le plus petit des six, mais il est tout de même trois fois plus puissant que celui de Tchernobyl. Quand on apprend que l’accumulation d’hydrogène pourrait faire exploser l’enceinte de confinement, cela laisse songeur. Le réacteur numéro 2 fuit quelque part et la piscine du numéro 4 est remplie à craquer de 1 300 barres de combustibles usagés, trois fois ce qu’elle peut normalement contenir. Elle contiendrait également des barres de combustibles non utilisées, qui peuvent à tout moment provoquer une réaction en chaîne. Les travailleurs et travailleuses sont condamnés au cancer et à la mort à plus ou moins brève échéance. Des travailleurs du nucléaire souvent recrutés par des sous-traitants dans les couches les plus pauvres de l’Archipel : étrangers, SDF et burakumin, la caste des intouchables au Japon. Des travailleurs auxquels la Tepco ne fournirait même pas assez de combinaisons de protection. Mais malgré des promesses de salaires de patrons – jusqu’à 2 000 euros par jour – les sous-traitants ne trouvent plus personne pour venir faire le sale boulot. Fukushima ressemble de plus en plus à Tchernobyl. D’autres centrales sur l’archipel rencontrent des problèmes. Au nord de Sendai, la centrale d’Onagawa avait connu un début d’incendie au premier jour de la catastrophe et une réplique sismique a provoqué des fuites d’eau radioactive hors des piscines de combustibles usagés. A Rokkasho-mura, le courant a été coupé de longues heures dans un centre contenant des milliers de combustibles usagés.

Sans parler d’Hamaoka, au sud de Tokyo construite sur la faille sismique du « big one », le futur tremblement de terre encore plus puissant que celui du 11 mars que redoutent les sismologues japonais. Certains nous la jouent à l’envers, sur le modèle du PCF et de son organe de presse, L’Humanité. Pour un certain nombre de nos « camarades » communistes, mais aussi pour la plupart des commentateurs, la cause est entendue : c’est la faute de Tepco, entreprise privée qui a cherché à faire du profit en rognant sur la sécurité des centrales.

Nucléaire, à qui la faute ?

Bref, la faute au capitalisme. Tout ceci est vrai, mais lors de l’accident de Tchernobyl, on entendait le même discours : c’est la faute au communisme. En réalité, quand bien même on renforcerait drastiquement la sécurité des centrales nucléaires, le risque d’une catastrophe nucléaire serait toujours là. Les nucléocrates nous le disent bien, eux qui, la mine grave, nous assènent à tout bout de champ « le risque zéro n’existe pas ». Sans parler bien sûr, des mines d’uranium au Niger ou Kazakhstan qui polluent, et des déchets innombrables dont on ne sait que faire. Il faut donc sortir du nucléaire, c’est une évidence et s’il y a débat, c’est sur le nombre d’années qu’il nous faudra pour nous débarrasser de cette cochonnerie.

Lucie (AL Avignon)

 
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