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Guyane : pour les services publics, sans l’illusion sécuritaire




Le mouvement populaire qui secoue cette colonie départementalisée est formidable, malgré le rôle qu’y jouent le patronat et les « 500 Frères ».

Le mouvement social en Guyane étonne par son intensité : blocage du tir de la fusée Arianne, barrages routiers ont été successivement mis en place,jusqu’à la grève générale.

Dans cette situation inédite, des forces de nature très différentes agissent au coude à coude : les syndicats de l’Union des travailleurs guyanais (UTG, notamment son syndicat de l’Éclairage), des collectifs citoyens (les Toucans de Kourou, les 500 Frères contre la délinquance, les Iguanes de Saint-Laurent-du-Maroni) et... les syndicats patronaux (Medef CGPME, FDSEA). Ce sont ces derniers qui, dans la pratique, ont installé les barrages.

Un curieux mélange des genres, déjà vu en Bretagne à l’époque des Bonnets rouges et qui incite à la vigilance. Quand le patronat aura vu satisfaits ses intérêts privés, nul doute qu’il lâchera ce formidable mouvement populaire.

Santé, social, éducation...

Malgré cela, la population créole (majoritaire en Guyane) s’est solidarisée avec les barrages car ils exprimaient des revendications économiques et sécuritaires en écho avec ses préoccupations.

Ces préoccupations sont au premier chef l’insécurité, avec un grand mouvement de soutien populaire aux 500 Frères contre la délinquance. Mais les revendications économiques sont elles aussi importantes, avec un taux de chômage de 24 % – et jusqu’à 55 % parmi les moins de 25 ans. S’y sont ajoutées des revendications sanitaires (passage dans le service public du centre médico-chirurgical de Kourou en instance de session à un groupe privé, refinancement de l’hôpital de Cayenne...) et éducatives (constructions scolaires pour permettre la scolarisation de tous les enfants, intervenants en langues maternelle...).

20.000 personnes ont manifesté à Cayenne le 28 mars 2017.
cc Gerno Odang/Art Picture

Les communautés autochtones amérindiennes se sont jointes elles aussi au mouvement avec leurs propres revendications (signature de la convention 169 de l’OIT, lutte contre l’orpaillage illégal...).

On ne note pas de récupération politique évidente de ce mouvement pour le moment, avec des élus qui se disent solidaires, mais se tiennent en retrait.

Ainsi, dès le deuxième jour de la grève générale appelée par l’UTG, 15.000 personnes (pour une ville de 100.000 habitants) ont manifesté à Cayenne, sans présence d’organisations politiques dans le cortège, 6.000 à Saint-Laurent-du-Maroni, et 600 à Maripasoula.

C’est toute la Guyane qui est mobilisée, des communes du fleuve Maroni à l’ouest, à Saint-Georges de l’Oyapock et à Camopi à l’est.

Dans les collectifs revendicatifs

En tant que communistes libertaires il nous est impossible de soutenir toutes les revendications de ce mouvement initié par les 500 Frères, agglomérat d’anciens policiers et de vigiles, à savoir la création d’une nouvelle prison et d’un nouveau tribunal, l’augmentation des effectifs de police et de gendarmerie, l’éradication des squats où survivent les migrant.es. Le lien entre immigration et insécurité est détestable. Et la solution de fond à l’insécurité n’est pas la répression, mais l’éradication de la détresse sociale.

AL Guyane participe avec enthousiasme aux divers collectifs revendicatifs dans les différents secteurs où nous sommes implantés (communes du fleuve, éducation, santé, culture).

Ce « Printemps guyanais » est pour nous l’occasion de créer des liens pour l’avenir .

Alternative libertaire Guyane, le 2 avril 2017

 
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