Répression antisyndicale : Coupables d’être syndicalistes

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L’affaire Charlie est aussi l’occasion pour certains de faire le ménage parmi les syndicalistes récalcitrants, comme à Bombardier Valenciennes. À la Poste, en revanche, c’est une longue histoire, qui a connu récemment de nouveaux rebondissements.

Alors que l’État espagnol, avec la «  loi du bâillon  », s’apprête à ressortir ses vieux démons des placards franquistes en criminalisant le mouvement social, de ce côté-ci des Pyrénées le patronat n’est pas en reste. Plusieurs syndicalistes sont victimes d’une menace de licenciement ou, pire, sont révoqués. Objectif : les empêcher d’exercer leurs activités syndicales.

Affabulations patronales

Karim Khatabi, délégué Sud de l’usine Bombardier dans la région de Valenciennes et secrétaire du CHSCT se voit menacé de licenciement par l’entreprise canadienne. Ce qui lui a été reproché ? De ne pas «  être Charlie  » dans le sens de la «  boîte  ». La presse locale et nationale s’est de suite emparée de l’affaire annonçant son licenciement. Mais la vérité s’est avérée bien différente des affabulations patronales et médiatiques. Suite à un échange spontané dans les ateliers lors des événements de janvier mettant en cause ses origines, la boîte a saisi l’opportunité pour détruire son rôle de syndicaliste et de se débarrasser du militant qui dénonce l’amalgame. Mis à pied le 8 janvier en attendant que l’inspection du travail donne un avis qui lui semblerait favorable, Karim s’est vu accusé d’ «  apologie du terrorisme  ».

Mais c’est l’arbre qui cache la forêt car Karim, en tant que représentant du personnel au CHSCT, avait fait fermer des cabines de peintures non conformes qui mettaient en danger les peintres de l’usine faisant intervenir la Carsat (caisse d’assurance retraite et de santé au travail). Bombardier, avec un dossier vide, a décidé de détruire Karim et montre, encore une fois, à quel point le patronat est capable de tirer n’importe quelle ficelle pour asseoir son pouvoir malsain. L’entreprise avait déjà par ailleurs tenté, fin 2014, de s’opposer à la distribution du tract Solidaires contre l’extrême droite.

La Poste, elle, ne se cache plus. Elle licencie ou révoque clairement pour activités militantes. Le 9 janvier dernier, Yann Le Merrer, militant actif de Sud PTT dans les Hauts-de-Seine, a été révoqué pour son action syndicale. C’est le premier cas, à la Poste, de révocation d’un fonctionnaire pour faits syndicaux depuis 1951. L’entreprise privée l’accuse de s’être introduit dans des établissements et d’y prendre la parole suite à un mouvement en soutien aux agents victimes de statuts précaires.

Le GIPN contre des grévistes

Mais les exemples de mises à pied ou de sanctions ne manquent pas sur tout le territoire, c’est le cas d’un secrétaire départemental Sud tourangeau traîné devant la cour d’appel d’Orléans pour des accusations d’injure publique envers le directeur régional dans le journal syndical. Depuis plusieurs années, la Poste a pris l’habitude de museler toute activité militante dérangeante  : en 2005, à Bègles, près de Bordeaux, quatorze militants et militantes qui dénonçaient une réorganisation, s’étaient vu envoyer par la Poste le GIPN et avaient été trainé-e-s devant le tribunal correctionnel pour une supposée séquestration. Depuis, la Poste, qui n’a de cesse de tailler dans la masse salariale en prétextant une baisse du trafic à laquelle elle participe en développant des services attenants, s’évertue à museler toutes les voix discordantes. Toujours à la recherche de profit, l’entreprise manie le bâton avec un zèle effréné afin de détruire tout syndicalisme de lutte.

De plus en plus de syndicalistes sont attaqué-e-s par un patronat de combat qui se sent libre de tout acte. En aucun cas ces attaques ne seront un frein à l’auto-organisation des travailleurs, au contraire, elles ne font que renforcer la détermination à peser dans les rapports de force et à intensifier les luttes.

Z. de Marollen (AL Saint-Denis)

 
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