Union pour la Méditerrannée : Associer le Maghreb à sa propre exploitation

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La création de l’Union pour la Méditerranée (UPM) le 13 juillet et le défilé militaire du lendemain ont été l’occasion d’un show médiatique à la gloire du président français. Coquille vide ou réelles avancées néocoloniales ?

L’UPM a permis à Sarkozy, pendant deux jours, de se mettre en scène dans le rôle de l’homme de paix capable de faire avancer les négociations entre la Syrie et Israël et de régler la question palestinienne. De quoi redorer son blason terni par la défaite dans les urnes irlandaises de son traité européen « simplifié ». Mais une fois les festivités terminées, le bilan est plutôt maigre.

Dans le projet initial, l’UPM devait réunir uniquement les pays riverains de la mer Méditerranée, sous la direction éclairée de la France, mais avec un financement de tous les membres de l’Union européenne... L’opposition catégorique de l’Allemagne a contraint Sarkozy d’accepter que les 27 pays membres de l’UE participent à la nouvelle organisation internationale. En conséquence de quoi, le sommet fondateur de Paris a donné naissance à une bureaucratie de 43 pays où l’influence de la France sera diluée.

Les projets adoptés à cette occasion sont modestes à côté des ambitions de ses concepteurs : dépollution de la mer, « autoroutes » terrestres et maritimes, coopération en matière de protection civile, développement de l’énergie solaire, création d’une université euro-méditerranéenne, aides aux entreprises. Les questions importantes ont été remises à plus tard : le financement sera discuté au Luxembourg les 6 et 7 octobre, tandis que le choix du siège du secrétariat général, la nationalité du secrétaire et ses attributions seront au menu d’une réunion les 3 et 4 novembre à Marseille. Finalement, ce projet mégalomane pourrait aboutir à un organisme dans le genre de l’Organisation internationale de la francophonie, un « machin » servant avant tout à offrir des sinécures aux ami-e-s.

Quel que soit son avenir, l’UPM est très significative de la vision raciste et néocoloniale de la droite française. Dès sa conception, l’initiative est pensée comme un moyen d’intensifier la lutte contre l’immigration. Le 7 février 2007, le candidat Sarkozy la présentait à Toulon en ces termes : « C’est dans la perspective de cette union méditerranéenne qu’il nous faut concevoir l’immigration choisie, c’est-à-dire décidée ensemble, organisée ensemble, maîtrisée ensemble. » En clair, l’Élysée aimerait que ses partenaires acceptent de transformer le Maghreb en gigantesque centre de rétention pour migrantes et migrants d’Afrique.

Immigration jetable

Présentée comme un modèle de coopération égalitaire entre les peuples méditerranéens, cette union est fondée sur une division raciale du travail, clairement explicitée par Sarkozy lors de son discours de Tunis, le 29 avril dernier. Il y déclarait en substance : vous avez une main-d’œuvre bon marché et peu qualifiée, nous avons des capitaux et beaucoup d’intelligence pour l’exploiter. Concrètement, il veut faire du Maghreb une zone de délocalisation et de sous-traitance pour les entreprises européennes, permettant d’exploiter sur place une main-d’œuvre peu qualifiée, limitant par la même occasion l’afflux en Europe de travailleurs et de travailleuses du Sud. Seul un faible nombre d’entre eux seraient autorisés à venir étudier et travailler en Europe dans des filières et secteurs déterminés par les besoins des entreprises des pays du Nord.

L’UPM est aussi un moyen d’offrir un lot de consolation à la Turquie. La droite française refuse en effet que ce pays musulman de 80 millions de personnes adhère à l’UE, et mette en danger les « racines chrétiennes » de l’Europe. Réfutant toute accusation de racisme, elle se justifie par des considérations géographiques : seule une petite portion de la Turquie se trouve en Europe. En revanche elle accepte que la Suède et la Finlande adhèrent à un organisme de coopération méditerranéen... L’UPM est une tentative de constituer une Europe capitaliste blanche et chrétienne, un cadre favorisant les projets néocoloniaux de la France.

Hervé (AL Marseille)

 
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