Mouvement lycéen : Auto-organisation : la tentative tourangelle

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Les lycéennes et lycéens s’auto organisent à Tours contre les réformes de Darcos, ce qui leur permet d’élargir la lutte. Petit aperçu de la mobilisation lycéenne en province.

C’est au retour des vacances de printemps, le 22 avril, que débute le mouvement lycéen sur Tours. La première manifestation, à l’initiative du syndicat UNL (Union nationale lycéenne), réunit environ 500 personnes : un chiffre plutôt encourageant étant donné le peu de propagande réalisée à ce moment-là. Deux jours plus tard, l’intérêt des lycéennes et lycéens se confirme avec une nouvelle manifestation réunissant un millier de jeunes.

Mobilisation sous contrôle

De manière très affirmée, UNL et MJS (Mouvement des jeunes socialistes) assurent une omniprésence étouffante, ce qui ne tarde pas à provoquer le ras-le-bol des plus politisé-e-s à gauche, dans un premier temps. Ces deux organisations s’occupent de contrôler le mouvement : expression médiatique cadenassée, banderoles et drapeaux ciglés en tête de cortège… Cerise sur le gâteau, c’est l’animatrice locale du MJS, conseillère municipale à Tours (!), qui lance les slogans dans son mégaphone et gère le parcours des manifs. L’UNL, elle, confirme ce qu’on en pensait déjà : c’est une coquille vide noyautée par le Parti socialiste, berceau de futurs bureaucrates (que l’on retrouvera à la fac, syndiqués à l’Unef) .

Mais les lycéennes et lycéens ne sont pas dupes ! Conscient-e-s du barrage que leur impose la présence de l’UNL et du MJS, ils et elles décident de s’en émanciper pour se réapproprier le mouvement. À la suite de la manif du 24 avril, se réunit une assemblée générale inter-lycéenne, où les membres de l’UNL et du MJS brillent par leur absence volontaire. Cette AG voit alors la création d’une véritable coordination de ville et adopte des pratiques autogestionnaires (tribune révocable avec président et secrétaire élu-e-s, distribution de tours de paroles…).

Le 29 avril, à la suite d’une nouvelle manif qui regroupe cette fois-ci 2 000 personnes (la plus grosse depuis le début du mouvement), les lycéennes et lycéens poursuivent dans cette voie en réunissant une nouvelle AG. Les discussions prennent alors la forme d’un règlement de compte du duo UNL-MJS qui s’est encore distingué en créant unilatéralement un service d’ordre, dont le seul rôle a été d’imposer fermement son propre parcours de manif et d’empêcher les actions décidées par les AG. Depuis, UNL et MJS se font beaucoup plus discrets et n’osent plus trop se montrer.

Pratiques autogestionnaires

Cette pratique de l’autogestion, malgré son statut fébrile et embryonnaire, continue néanmoins à séduire les lycéennes et lycéens en lutte. Les AG suivantes persévèrent dans ce sens (créations de commissions, caisse de lutte) et le mouvement se lance ainsi dans des actions moins conventionnelles : blocus et occupation de plusieurs lycées, blocage d’un péage sur l’A10…

Autre signe de cette radicalisation raisonnée : la volonté de plusieurs lycéennes et lycéens (parmi les plus politisé-e-s et les plus actifs) de se regrouper dans un Sud-Lycéen. L’idée fait son chemin, des réunions sont en cours. Il s’agit d’ailleurs d’un phénomène touchant plusieurs villes, car à côté de Tours, des Sud-Lycéen se sont fondés dès le début du mouvement à Blois et Romorantin.

Malheureusement, comme ailleurs dans le pays, les week-ends prolongés des 1er et 8 mai freinent un mouvement pourtant bien parti et dynamique. Le nombre des jeunes en manifestation diminue et l’approche du baccalauréat met la pression sur les lycéennes et lycéens engagé-e-s dans la lutte. La pratique autogestionnaire peut difficilement se développer s’ils et elles ont moins la possibilité de s’investir.

Mais les lycéennes et lycéens ont montré l’exemple, avant les « grands rendez-vous » de la fin de l’année ...

Paul et Titou (AL Tours), le 20 mai 2008

 
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