AL, le Front de gauche, le PS et les élections : Ni 1er, ni 2e : 3e tour social

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« Gauche de la rue » ou gauche gouvernementale ? Le Front de gauche voudrait que ces deux logiques soient complémentaires. AL les sait antagoniques. Encourager la confusion ne profite qu’aux politiciens et désarme les mouvements sociaux.

Quelques camarades ont publié une tribune [1] estimant que la position fédérale d’AL vis-à-vis des élections de 2012 – qui consiste à en relativiser les enjeux et à défendre ses propres positions – était « contre-productive ». Selon nos camarades, la « gauche de la rue » a les yeux rivés sur la joute électorale, il faudrait donc qu’Alternative libertaire (AL) lui emboîte le pas. Nous pensons que ces camarades se trompent.

Pour mémoire : AL oppose la « gauche de la rue » à la « gauche gouvernementale ». D’un côté, une opposition extraparlementaire dont les mouvements sociaux dessinent les contours. De l’autre, un dévoiement des mouvements sociaux vers les institutions républicaines. Ces deux logiques, le Front de gauche les prétend complémentaires ; AL les sait antagoniques.

Néanmoins, depuis 1995 qu’elle développe ce concept, AL n’a jamais présenté la « gauche de la rue » comme une entité immaculée, exempte de contradictions. La pureté n’est pas de ce monde. La logique d’action directe et celle de délégation peuvent coexister chez les travailleuses et les travailleurs, parfois même au sein même d’un seul individu ! Telle ou tel qui affirme que « ce sont les luttes collectives qui comptent » peut malgré tout espérer confusément en quelque gouvernement de gauche. Bien des gens, découragés par la stagnation des luttes peuvent avoir cette idée dans le coin de la tête. Les politiciens vont les encourager à y croire. Pas les communistes libertaires.

C’est bien le rôle des premiers de pousser la logique qui leur profite en chantant « la révolution par les urnes », et en taxant d’infantilisme l’autonomie du mouvement social. Et c’est le rôle des révolutionnaires libertaires que de pousser la logique inverse, clamant que ce qu’on n’a pas gagné dans la rue, on ne le gagnera jamais dans les urnes, et défendant l’autonomie du mouvement social.

Si les communistes libertaires abandonnaient cette position fondamentale pour s’en aller pousser à la même roue que la gauche gouvernementale, notre courant politique n’aurait plus guère de sens.

Les suites politiques des grandes grèves de décembre 1995 illustrent bien l’incompatibilité de ces deux logiques. Décembre 95 fut à la fois le point de départ d’un renouveau des luttes, et un tremplin pour l’arrivée aux affaires, deux ans plus tard, de ce qu’on a nommé la Gauche plurielle : PS-PCF-Verts-Chevènement.

Quand la Gauche plurielle privatisait

A l’époque, AL et les acteurs les plus lucides du mouvement social ont mis en garde contre les illusions électorales. A contrario, tous les partis de gauche, et la LCR à leur remorque, ont martelé qu’il fallait un gouvernement qui « redonne espoir aux travailleurs ». Or celui-ci a trahi ses promesses au bout de quinze jours, souvenez-vous, salarié-e-s de Michelin, de Renault, de France Télécom, de la SNCF, sans-papiers…

Au sein de la Gauche plurielle, les communistes, les Verts et Jean-Luc Mélenchon ont participé à la plus grande vague de privatisations que la France ait connu, et à l’accélération des politiques sécuritaires et d’allègements fiscaux pour les riches. Un paquet de cégétistes, écœurés, ont déchiré leur carte du PCF à l’époque, et on ne pouvait qu’applaudir ! Ils et elles auraient pu, alors, tirer les conséquences de ces déboires et retrouver le chemin d’une forme de syndicalisme révolutionnaire – ou, à tout le moins, d’un syndicalisme de lutte indépendant des calendriers électoraux. Hélas, la culture républicaine a été la plus forte, et avec elle cette vieille lune qu’est l’espérance d’un gouvernement « à gauche vraiment ».

AL ne peut que se féliciter de n’avoir pas participé à cette mystification.

Les préférences électorales à gauche du PS sont fluctuantes : Laguiller en 2002, Besancenot en 2007, Mélenchon en 2012… Les effets de mode et les choix des médias font le bonheur des uns et la dégringolade des autres.

Planche savonné

Le mouvement social n’aurait rien à gagner à soumettre son calendrier à ce cycle d’agrégation-désagrégation. Et les communistes libertaires encore moins. Les quelques camarades qui défendent le contraire, avec sans doute des intentions louables, doivent avoir conscience que si AL les suivait, elle s’exposerait à endosser un rôle de girouette, humant le sens du vent à l’approche de chaque élection pour détecter le prochain candidat à la mode qu’il faudrait soutenir pour « être audibl ».

Si l’on doit prendre le cas du Front de gauche (FDG), puisque c’est lui qui polarise cette année, il y a pourtant bien des choses qui devraient indisposer les syndicalistes de lutte. Et la première, c’est la dimension substitutiste de ce cartel, qui s’est bâti sur la défaite du mouvement pour la défense des retraites, en 2010. Ceux qui, à la direction confédérale de la CGT, avaient savonné la planche à ce mouvement en ricanant de l’idée de « grève générale » sont aujourd’hui euphoriques parce qu’ils ont trouvé un tribun charismatique susceptible de faire un score, à grands renforts de drapeaux tricolores et de Marseillaise.

A l’époque, il a été impossible de bâtir une unité large de syndicalistes autour de l’idée de grève générale [2] ; aujourd’hui – miracle – il n’y a aucun problème pour faire cette unité dans le cadre du FDG... Il y a là un sens des priorités et un état d’esprit passablement inquiétants.

Comme en 2007, AL ne donne aucune consigne de vote (ni de non-vote). D’un côté, nous ne voulons pas perdre notre temps à convaincre ceux et celles qui veulent absolument « chasser Sarkozy » de ne pas le faire. De l’autre, nous ne voulons entretenir aucune illusion sur une éventuelle alternance.

Le prochain gouvernement, quel qu’il soit, pratiquera une thérapie de choc antisociale. Et le rôle d’AL est de dire que ce n’est pas l’opposition parlementaire qui l’en empêchera, mais l’opposition de la rue. Et au-delà, que l’alternative au capitalisme ne se joue pas dans les institutions républicaines, mais dans la construction des contre-pouvoirs, la convergence des anticapitalistes, la grève générale et la reprise en main des moyens de production.

Jacques (AL Agen), Gaëlle (AL Angers), Sarah (AL Bordeaux), Claire (AL Bourges), Eddy (AL Douai), Maxime (AL Grenoble), Hervé (AL Marseille), Marine (AL Montpellier), Guillaume (AL Montreuil), Maud (AL Nantes), Laurent (AL Paris nord-est), François (AL Paris-Sud), Christian (AL Paris-Transcom), Théo (AL Orléans), Christine (AL Orne), Seb (AL Rennes), Jean-Michel (AL Rouen), Gérard (AL Saint-Denis), David (AL Strasbourg), Camille (AL Toulouse), Pierrot (AL Tours), Noël (AL Banlieue Nord-Ouest), Leila (AL Var).

[1Voir Alternative Libertaire d’avril 2012

[2Les militantes et les militants d’AL avaient participé à une initiative en ce sens : l’appel « Syndicalistes pour la grève générale ».

 
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