Austérité : Saudade syndicale au Portugal

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Depuis le début de l’année, le Portugal est le théâtre de vastes tractations entre des partis politiques mettant en place un plan d’austérité et les grosses centrales syndicales qui ont décidé de les approuver au mépris des travailleuses et des travailleurs. Des manifestations de protestation s’organisent, mais d’autres formes de résistance éclosent également.

La « plateforme du 15 octobre » [1] créée pour contrer les desseins gouvernementaux a peiné à mobiliser, bien aidé en cela par les médias qui l’ont ignorée. Là où les mouvements sociaux « alternatifs » réclament l’organisation de grèves au niveau européen et un cortège unitaire, les centrales syndicales portugaises répondent par la division. L’adhésion à la grève générale fut donc assez moyenne. Malgré tout, elle a réussi à réunir plusieurs milliers de personnes à Lisbonne et Porto, portée par des regroupements de travailleurs précaires [2] et de chômeurs [3], dans un pays où ils représentent 15% de la population active. De plus, si certains secteurs comme les transports ont joué un rôle imporant, d’autres sont restés plutôt muets. Il faut dire que les menaces sur les grévistes de nombreux sympathisants subissant des pressions ont été importantes, jusqu’à entraîner le démantèlement de leur piquet. La repression s’est abbatue également sur les cortèges où la police a joué de la matraque, blessant même plusieurs journalistes.

[*Immobilisme et renouveau*]

La rigidité du syndicat CGTP (principale organisation politique de la classe ouvrière traditionelle) rend très difficile l’émergence de mouvements « spontanés » et « démocratiques ». Il n’existe pour l’instant pas de perspectives solides de création d’un syndicat de lutte démocratique et de masse au Portugal. Cela est d’autant plus regrettable que le taux de syndicalisation est très élevé [4].

Délaissés par les syndicats, le bloc des travailleuses et travailleurs précaires semblent constituer le secteur de la société le plus dynamique politiquement. Leur capacité à s’auto-organiser leur permet à la fois d’être présent dans les cortèges mais aussi de se mobiliser très rapidement lorsqu’il s’agit de soutenir une action locale. Malgré un engouement important, ces résistances alternatives restent minoritaires. Leur action n’a cependant pas été nulle car depuis la manifestation du 12 mars 2011, une critique radicale du système politique en place perdure bien que le peuple portugais semble assomés par les mesures d’autérité.

Mais loin de s’en tenir à des actions ponctuelles, ces mouvements commencent à reprendre possession des quartiers qu’ils habitent notament par des centres sociaux, loués ou occupés, avec parfois l’appui des habitants. C’est ainsi qu’à Porto une école désafectée [5] est devenue un des lieux emblématiques de la lutte. Expulsés le 19 avril, les activistes ont pu compter sur un appui fort de la population du quartier de Fontinha qui s’est manifestée devant la mairie, faisant de ce lieu le symbole des résistances en cours.

Hugo (ami d’AL)

[1Supra-collectif formé pour la manifestation du 15 octobre regroupant une vingtaine de collectifs et d’associations : www.15deoutubro.net

[2Parmi eux, les « Precarios Inflexiveis » et les Ferve.

[3« Mouvement des sans-emploi ». Voir : www.movimentosememprego.info

[4800 000 adhérents pour la CGTP, 400 000 pour l’UGT

[5La Escola (Espace collectif autogéré). Voir : escoladafontinha.blogspot.fr

 
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