Contre la taxe carbone : Pour une révolution écologique

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La limitation des émissions de gaz à effet de serre est un des grands enjeux de notre temps. La taxe carbone de Sarkozy n’y répond aucunement. C’est l’ensemble du mode de production et de distribution qu’il faut changer.

« Nous devons décider si nous voulons créer un monde différent d’avant la crise, un monde plus soutenable, plus respectueux de l’environnement, un monde plus juste. » C’est ainsi que Nicolas Sarkozy débutait la présentation de la fameuse taxe carbone, le 10 septembre [1]. Une taxe qui n’aura que peu d’impact sur l’environnement, mais beaucoup sur le porte-monnaie du bon peuple. Coïncidant avec la disparition de la taxe professionnelle, elle n’a pour but que de transférer une partie de la fiscalité des entreprises sur les salarié-e-s [2].

La réduction des émissions de gaz à effets de serre suppose des mesures de bien plus grande envergure.

Repenser le système de transports. En France, selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), le transport est le plus gros poste d’émission (32 % du CO2 émis) [3] : les trajets en voiture quotidiens en représentent près de la moitié. Une première solution serait de développer des réseaux de transports en commun gratuits. Mais il faut aussi limiter ces déplacements, par un redéploiement des services publics et repenser l’urbanisme pour rapprocher les domiciles des lieux de travail. Ce qui n’est pas possible sans un contrôle démocratique des entreprises et de leur implantation. La question se joue également au niveau mondial, où le volume de marchandises en circulation est aberrant, du fait de la mondialisation capitaliste. Il faut relocaliser les sites de production à proximité des matières premières et des circuits de distribution.

Instaurer l’autogestion industrielle. Dans l’industrie (25 % des émissions), il faut des processus de production moins polluants, recycler, utiliser des énergies renouvelables. Cela doit s’accompagner d’un contrôle démocratique du secteur industriel. La société – et non les capitalistes – doit choisir collectivement ce qu’elle veut produire et comment elle veut le produire, pour minimiser les coûts environnementaux.

Privilégier les énergies renouvelables. En ce qui concerne la production d’énergie (17 % des émissions de CO2), la recherche d’énergies renouvelables et non polluantes est une priorité. La socialisation de la recherche assurerait qu’elle soit enfin réalisée dans l’intérêt général… et non au profit du nucléaire, énergie sale, reposant sur une matière première non renouvelable (l’uranium), qui draine toujours l’essentiel des investissements.

Pour un service public du logement. Dans les logements (15 % des émissions), il faut améliorer le chauffage (pompes à chaleur, chauffe-eau solaire) et l’isolation. La propriété privée, encore une fois, limite les possibilités. Les locataires sont tributaires des propriétaires, et les propriétaires n’ont pas toujours le budget pour moderniser. La solution serait que l’intégralité de l’habitat relève d’un service public du logement.
En finir avec le productivisme. Enfin, l’agriculture, bien que produisant moins de CO2, n’en est pas moins une importante source de gaz à effet de serre (80 % des émissions de méthane par exemple). Il faut remettre en cause l’agriculture intensive et envisager d’autres façons de nourrir la population.

Ces solutions sont radicales.

Ce sont les seules à même de réduire réellement les émissions de gaz à effets de serre. Non seulement notre planète ne s’en portera que mieux, mais nous y gagnerons en qualité de vie (moins de transport, de stress, réduction du temps de travail...). Leur seul problème : elles supposent l’abolition du système capitaliste… mais après tout n’est-ce pas la question brûlante que pose la destruction accélérée de la biosphère ? Il faudra bien que le capitalisme meure pour que l’humanité vive.

Nestor Muay (AL Tours)

[1Discours à Artemare (Ain), le 10 septembre 2009 (Elysee.fr).

[2Lire « Une nouvelle TVA repeinte en vert ! » dans AL de septembre.

 
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