Fauchage d’OGM : Désobéissance civile et action directe

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Les actions de fauchage d’OGM qui ont été organisées depuis quelques semaines sont la continuation de celles impulsées ces dernières années, en particulier par la Confédération paysanne. Toutefois, deux évolutions majeures peuvent être notées. En premier lieu, pour esquiver la répression qui risquait de la mettre à genoux financièrement, la Confédération paysanne n’est pas, en tant que telle, partie prenante des actions organisées par un « collectif des faucheurs volontaires ». Et enfin, ce collectif semble capable d’organiser des actions illégales ayant un caractère de masse réel. Ainsi, à Verdun-sur-Garonne, par exemple, près de 2 000 personnes ont participé au fauchage de maïs transgénique.

Pour des libertaires, cette action semble porteuse d’une possibilité de renouvellement du mouvement social. D’abord par son caractère, à la fois ancré dans une réalité militante et sociale (prolongement d’une lutte syndicale, convergence avec les « consommateurs »), marqué par un refus du corporatisme, par une volonté de poser les enjeux au niveau international.

Ensuite parce qu’entre la volonté proclamée de « désobéissance civile » et la théorisation par les libertaires de l’action directe comme forme d’action centrale de leur stratégie, la nuance ne se situe qu’au niveau du vocabulaire : solidarité entre les participant(e)s, responsabilisation collective et individuelle, amorce d’auto-organisation pour gérer le rassemblement, etc.

Que certaines critiques puissent être formulées sur l’organisation de l’action est évident. Ainsi les prises de décisions ont été l’apanage de quelques-uns et le fonctionnement du « collectif des faucheurs volontaires » est peu transparent. Mais pouvait-il en être autrement ? Ce qui serait anormal, si ce collectif maintenait son existence, voire s’il élargissait son champ d’action - ce que nous souhaitons - ce serait de maintenir un tel fonctionnement. Mais corriger cette situation n’est pas principalement de la responsabilité de la poignée de militants fondateurs du collectif, dont nous saluons ici l’initiative. La création de collectifs départementaux, permettant d’ancrer davantage la dynamique au niveau local et de la prendre en charge de façon démocratique, est de la responsabilité de chaque militant(e) à la base.

Enfin, malgré une présence réelle de militant(e)s libertaires dans ce rassemblement, la très faible mobilisation du « mouvement » sur cette action a été évidente, surtout comparée, par exemple, à la présence significative de militants d’Attac. Toujours prompts à dénoncer cette association, souvent à juste titre d’ailleurs, les libertaires auraient parfois intérêt à être plus modestes et à se souvenir qu’ils ne feront pas la révolution seuls.

Jacques Dubart (AL Agen)


VERDUN-SUR-GARONNE, 24 ET 25 JUILLET

Ce rassemblement n’était pas une « manifestation de plus ». Le gouvernement a tout tenté pour organiser une véritable psychose en menaçant les participant(e)s de 5 ans de prison. Et malgré cela, dès le samedi, des centaines de personnes se rassemblent, discutent, se préparent à l’action du lendemain. Car la plupart sont venu(e)s là pour défier Perben et ses menaces.

Des militant(e)s de tous horizons, même si les organisations les plus représentées semblaient être la Confédération paysanne, Attac, divers écolos et dans une moindre mesure les libertaires. Mais la majorité était constituée de personnes pas très militantes, simplement révoltées par cette volonté d’imposer les OGM contre l’avis des peuples, et par tout ce climat de régressions sociales et de répression. De nombreu(se)s paysan(ne)s, un nombre notable d’enseignant(e)s, et aussi des travailleur(se)s de n’importe quel secteur professionnel.

À l’entrée du rassemblement, les organisateurs/trices continuaient la collecte des adhésions aux « collectifs des faucheurs volontaires d’OGM ». 2 700 inscrit(e)s depuis le rassemblement de l’année précédente au Larzac. Plus de 600 se sont ajoutés à Verdun-sur-Garonne.

Le samedi soir s’est tenue une assemblée générale pour présenter la stratégie proposée. L’objectif principal est de limiter les risques de répression pour chacun(e). Pour cela la participation effective du maximum de personnes est nécessaire : « un seul épi par personne », telle est la consigne. Toujours pour limiter la casse, la poignée d’élu(e)s participant à l’action sera mise en tête. Une information est organisée sur les risques encourus, les procédures judiciaires et l’attitude à adopter. Puis c’est la soirée festive.

Le lendemain matin, l’organisation du convoi se met péniblement en place. Entre 1 500 et 2 000 personnes à déplacer en voiture... Il y avait de l’embouteillage dans l’air. Vers 11 h 30, arrivée à destination. Il faut là encore une bonne heure pour mettre les faucheur(se)s en ordre de bataille. Mais une surprise de taille nous est offerte. Nous nous attendions à trouver des centaines de CRS, casqués, armés. Des stratagèmes avaient été imaginés pour les contourner, se glisser entre leurs jambes... Surprise... seule une poignée de pandores nous attendaient. 20 flics face à 2 000 faucheur(se)s. Le rapport de force était en notre faveur. En quelques minutes, un demi-hectare est rasé, chacun brandissant son épi dans un hourra général. Pendant ce temps, les flics ont pris des photos, relevé les plaques minéralogiques... Mais ça c’était prévu !

Reste maintenant à s’organiser pour continuer le combat. Non seulement continuer les fauchages, à visage découvert et en masse ou en petits groupes plus discrets. Les fauchages effectués le 15 août en Auvergne et près d’Orléans étaient de ceux-là. Mais il est nécessaire aussi d’organiser la solidarité face à la répression à venir, que le gouvernement choisisse de s’attaquer à une poignée de « responsables » ou qu’il décide de s’en prendre tous azimuts aux faucheur(se)s. Pour faire vivre, pour renforcer, pour amplifier un mouvement capable de donner des idées à d’autres personnes en lutte. La révolution conservatrice à l’œuvre sur toute la planète ne pourra pas être arrêtée par des protestations symboliques. Il est temps de passer à l’action.

Jacques Dubart

 
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