Kanaky : Le nickel oppose la jeunesse aux anciens

Version imprimable de cet article Version imprimable


En Kanaky, dont l’économie est fortement dépendante de l’exploitation minière du nickel, s’est déroulé un conflit inédit, opposant un collectif de jeunes kanak à l’industrie minière… et aux responsables kanak gérant la province Nord de l’île. Cette lutte pour la protection de l’environnement est aussi marquée par des aspirations à plus de justice sociale de la part d’une jeunesse subissant un chômage massif.

La Grande Terre – île principale de la Kanaky – est une véritable montagne de nickel. Le tiers de sa surface en regorge. Aussi l’industrie minière d’extraction du nickel y représente 18 % du PIB local [1] et 90 % des exportations du territoire. La Kanaky possède aussi le second plus grand récif corallien du monde, classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

L’assemblée de la province Nord, dirigée par des indépendantistes kanak, a été à l’initiative de la construction de l’usine métallurgique de Koniambo. Dans le district de Kouaoua, situé sur la côte est, un long sillon de 11 km, la Serpentine, a été tracée pour transporter le minerai jusqu’à la côte. L’ouverture de trois nouveaux gisements y est en préparation.

De multiples problèmes d’atteinte à la biodiversité sont causés par l’activité minière et les gravats charriés par la mine viennent progressivement combler le lit de la rivière, induisant baisse du niveau de l’eau et raréfaction des saumons noirs, merlus et crevettes. Cela a des conséquences immédiates pour les tribus kanak qui pratiquent une chasse et une pêche de subsistance.

Le 6 août, une soixantaine de jeunes Kanak, issus des tribus voisines ont décidé d’occuper l’accès à la mine. Quelques jours plus tard, la Société Le Nickel (SLN) ferme la mine, considérant que la sécurité de ses employés n’était plus assurée à cause des incendies qui avaient ciblé la Serpentine. [2]

Fin octobre, les jeunes militantes et militants étaient toujours postés à l’entrée du site, entre tentes de fortune et carcasses carbonisées de voitures. Mais les deux premiers mois de blocage ayant coûté 11 millions d’euros à la SLN, les gendarmes ont donc procédé à l’évacuation, conformément à l’ordonnance d’expulsion du tribunal de première instance de Nouméa  [3].

Une révolte marquée par la question sociale

Ce conflit inédit bouleverse de nombreux équilibres locaux. «  C’est la première fois qu’on voit des jeunes se lever contre les vieux coutumiers  » selon Linda, technicienne au sein de la SNL qui a rejoint le collectif. Elle précise qu’au fil des réunions de médiation, le fossé s’est creusé entre les générations  : «  Les jeunes pensent avoir été trahis par les anciens et les anciens exigent le respect de la part des jeunes  », poursuit-elle, en visant l’accord passé avec la SLN sans obtenir le consentement de l’ensemble des tribus. [4]

Ce conflit ne remet pas en cause le principe même de l’exploitation du nickel. Mais cette révolte est marquée par la question sociale. À Kouaoua, les membres du collectif aspirent à plus de justice sociale. «  Il faut que la mine investisse dans le développement. [Kouaoua est] une ville-dortoir  » [5]. Une lutte qui s’inscrit dans une convergence de luttes sociales et écologiques.

Jacques Dubart (AL Nantes)

[1Résultats économiques généraux sur le site de l’INSEE.

[2Reporterre du 3 novembre 2018.

[3Les Nouvelles calédoniennes du 13 novembre 2018.

[4Reporterre, op. cit.

[5Reporterre, op. Cit.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut