Lire : Anne Steiner, « Le Goût de l’émeute »

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Il y eut un temps où les longs défilés protestataires, scandant des slogans et chantant des chansons, n’étaient pas encore la norme. Où aucune manifestation n’était déclarée en préfecture. Où se rassembler sur les places le 1er mai, c’était prendre le risque d’une charge policière. Une époque où la rue, en tant qu’espace politique, n’avait rien de pacifique, mais fleurait l’émeute et la barricade.

En 1909, un événement marque le début d’une évolution : l’affaire Ferrer. Après l’exécution du grand pédagogue par la très catholique monarchie madrilène, plus de 5.000 Parisiennes et Parisiens en colère affrontent la police toute une nuit aux abords de l’ambassade d’Espagne. C’est la «  première manifestation Ferrer  ». La deuxième, une semaine plus tard, met 100.000 manifestants dans la rue, sans brutalités, selon des modalités arrêtées avec la préfecture. Avec cette «  deuxième manifestation Ferrer  », une nouvelle pratique apparaît – la manifestation légale –, qui mettra quelques années à entrer dans les mœurs.

Cette histoire, Anne Steiner la raconte dans un livre qui en contient quelques autres  : la tuerie de Draveil-Villeneuve en août 1908 ; la grève-jacquerie des boutonniers de Méru, en avril 1909 ; les obsèques mouvementées du menuisier Henri Cler, en juin 1910 ; l’émeute nocturne autour de la guillotine de Liabeuf, un mois plus tard. Elle aurait pu en ajouter d’autres encore  !

Le rapport à la violence, à l’époque, est sensiblement différent de celui qu’on connaît aujourd’hui – et ce n’est pas là qu’une question de mœurs, mais aussi du degré d’intégration sociale de la classe ouvrière. Anne Steiner ne s’aventure pas sur le terrain de l’interprétation. Mais elle donne, à travers le récit de ces cinq mouvements de révolte épiques, un saisissant aperçu de ce que fut, aussi, la Belle Époque.

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

  • Anne Steiner, Le Goût de l’émeute, L’Échappée, 2012, 17 euros.
 
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