#Moi aussi, j’ai #balancé  : et après  ?

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Alors que le gouvernement agite fièrement le drapeau d’une énième loi sur le harcèlement, de rue cette fois, l’actualité montre bien que les lois ne protègent en rien les femmes des violences. Les mouvements #metoo et #balancetonporc ont mis en évidence par leur ampleur les manques d’espaces d’expression et de réponses appropriées.

Au début du mois d’octobre, des journaux états-uniens révèlent qu’Harvey Weinstein est accusé de harcèlement, d’agression ou de viol par 12 femmes. Suite à cela, de nombreuses autres femmes parlent et accusent Weinstein (93 femmes victimes) et d’autres hommes du show-bizz. La confiance amenant la confiance, la parole se libère, facilitée par des espaces qui semblent plus accessibles, et notamment les réseaux sociaux où fleurissent les hashtags autour des questions des violences sexistes.

En France, la journaliste Sandra Muller lance le hashtag #balancetonporc sur la plateforme de réseau social Twitter le 13 octobre ; quelques jours après, plus de 150 000 messages sont échangés et 16 000 agressions relatées. Il sera suivi d’autres comme #metoo ou #moiaussi, réunissant des femmes qui veulent parler, mais aussi se réunir pour joindre leurs forces. Cela donnera une quinzaine de manifestations «  #Metoo dans la vraie vie  »en France le 30 octobre.

Ces témoignages permettent enfin d’avoir une parole publique et collective, dénonçant des faits tous censément illégaux. Cela montre, encore une fois, que le patriarcat et son expression ne se combattent pas en légiférant. Pourtant, l’injonction est claire  : portez plainte, sinon vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même  ! Alors même que, dans les cas de viols, seulement une plainte sur dix aboutit à une condamnation. La société individualise le rapport aux violences sexistes. Il s’agirait d’une situation particulière, rejetée sur la personne victime de l’acte (sa tenue vestimentaire, son degré d’alcoolémie, son «  attitude  »...), ou encore liée à une «  pathologie  » de l’agresseur. Aucune remise en question collective n’est à l’ordre du jour  ; pourtant, la pluralité des témoignages met en exergue la dimension sociétale de ces agressions.

Prise de conscience et lutte contre le patriarcat

Notre besoin d’élaboration et de dénonciation communes trouve sa source dans l’inexistence des solutions actuelles, mais fait aussi écho à d’autres mouvements de femmes. Ces outils ont permis d’amorcer et de gagner des luttes. C’est par exemple le cas du manifeste des 343 salopes en 1971, ayant à l’époque appuyé la lutte féministe pour le droit à l’avortement et la contraception pour toutes.

C’est par cette prise de conscience que nous ne sommes pas seules, ni un cas particulier ou une victime presque coupable, que commence la lutte contre le système patriarcal qui est aujourd’hui en train d’avancer de manière historique. Nous ne pouvons qu’appuyer toutes les formes d’organisation collective, quelles qu’elles soient, et quels que soient les espaces investis. Partout, des femmes ne l’ayant jamais fait auparavant s’apprêtent à redescendre dans la rue le 25 novembre lors de la manifestation annuelle contre les violences faites aux femmes. Ces espaces sont pour nous l’occasion de réaffirmer que les violences sexistes et sexuelles doivent cesser, partout et tout le temps, sur nos lieux de vie, de travail, de lutte, pour que la peur change enfin de camp.

Julie (AL Lorient), Émilie (AL St Denis), Flo (AL Lorient)

 
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