Carnet de voyage

Un communiste libertaire dans les YPG #05 : Des funérailles pleines d’émotion

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« Noyé dans une foule compacte de plus de 6000 personnes venues honorer les militantes et les militants tombés pour défendre la révolution. »


Alternative libertaire reproduit les billets du blog Kurdistan-Autogestion-Révolution, carnet de voyage d’un camarade engagé au sein des YPG.

Au fil des semaines, il témoignera de la vie au sein des milices combattantes, des débats qui s’y mènent et de l’expérience du confédéralisme démocratique dans les zones libérées.


Environs de Dêrik, le 29 avril 2017

C’est déjà la deuxième fois depuis mon arrivée au Rojava que je participe à une cérémonie aux sehiden martyrs »)… Déjà, la première fois, ça m’avait marqué. Mais ici c’était différent, d’abord par le nombre de martyrs enterrés (20) et la symbolique, puisqu’ils étaient les victimes non de Daech, mais du bombardement de l’État fasciste turc sur le QG des YPG-YPG dans le canton d’Afrîn. C’est difficile de décrire l’ambiance. Ce qu’on ressent quand on assiste à ce genre de cérémonie, noyé dans une foule compacte de plus de 6000 personnes venues honorer les militantes et les militants tombés pour défendre la révolution.

C’est un moment à la fois triste mais plein de force, de courage et paradoxalement d’une forme de joie. Les gens viennent de partout, de toutes les communautés, les chrétiens syriaques côtoient les musulmans, yézidis, etc. Tous réunis pour rendre hommage à celles et ceux qui sont tombés.

Bien sûr je n’idéalise pas la chose. On voit que les communautés peinent encore à se mélanger. Mais qu’elles se retrouvent pour une même raison, au même endroit, je crois qu’ici ça veut dire beaucoup de choses.

D’un point de vue occidental, ce culte des martyrs peut un peu rebuter… Mais de ce que je peux comprendre, c’est une façon de matérialiser le slogan « sehid namerrin » les martyrs ne meurent pas »).

Ils ne meurent pas car la lutte, la cause (le confédéralisme) continuent.

Cela donne du courage… Et du courage il en faut pour affronter les fanatiques de Daech ou la 8e armée du monde (la Turquie).

C’est vraiment difficilement à imaginer quand on ne l’a pas vécu, mais ces événements sont à mille lieux des cérémonies guindées et mortifères de nos États. Ici, cela fait sens, il n y a pas de barrière entre les miliciens et le peuple, nous formons un tout. Il n’y a pas cette froide distance qui existe entre toutes les armées de mercenaires de l’État et le peuple qu’il sont censés défendre… Ici tout le monde ne forme qu’un, on se mélange, on s’étreint, on discute, on partage l’eau, si précieuse dans ces heures de grand soleil. Les gens se draguent aussi, de manière discrète, ça respire un joyeux désordre révolutionnaire – la vie, en somme.

Arthur Aberlin

 
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