Alternatives : Quelle énergie voulons-nous  ?

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Abandon du nucléaire et des carburants fossiles, contestation des projets de solaire ou d’éolien gigantesques… Au final de quelle énergie disposerons nous dans la société écologique et libertaire que nous voulons construire  ? Car si nous avons une certitude, c’est que pour offrir aux humains des conditions de vie et de travail décentes, la société du futur devra disposer de sources d’énergie  !

Lors de son congrès d’octobre 2006, Alternative libertaire ait affirmé que «  face au défi écologique, trois révolutions sont nécessaires  »  : dans les échanges, dans les modes de consommation et dans la production. Le premier enjeu du défi énergétique qui nous attend est celui des économies d’énergies  : relocalisation des productions, abandon des activités économiques inutiles, mise en œuvre de techniques de production et de consommation économes. Mais il est aussi nécessaire de s’engager immédiatement dans le remplacement des énergies fossiles par du renouvelable.

Objectif : décroissance

L’utilisation directe de combustibles fossiles pour produire de l’électricité ou de la chaleur a représenté, en 2010, 41 % des émissions mondiales de CO2  [1]. Il est pourtant possible de construire des bâtiments à «  énergie positive  », produisant plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Les économies d’énergie potentielles sont considérables dans ce secteur.

Les transports constituent la deuxième source majeure d’émissions de CO2, avec 22 % du total mondial en 2010. Les trois quarts résultent du transport routier, et les transports du quotidien en forment la grande majorité. Comme le propose Alternative libertaire, de vastes économies pourraient être obtenues par «  l’aménagement global du territoire de chaque région et des équilibres entre les différentes régions sur la planète. Un démantèlement des métropoles, dont le développement constitue une dérive liée à l’organisation hiérarchisée et inégalitaire des sociétés de classes, s’organisera au profit d’une répartition plus homogène de la population et de l’installation des travailleurs au plus près des lieux de disponibilité des matières et de l’énergie utilisées dans le travail  » [2].

De plus, dans la société que nous voulons construire, «  des pans entiers de l’économie capitaliste disparaîtront, en particulier tout ce qui est lié à la marchandisation de la vie, au contrôle des classes sociales dominées, à la publicité, au suremballage, à l’appropriation privée des terres, des bâtiments et des outils de production, à la bourse et à la domination de la finance, aux productions réservées aux classes sociales privilégiées, aux transports du quotidien imposés aux classes sociales dominées... C’est une part importante des activités humaines qui doit disparaître, permettant rapidement à la fois une baisse de l’empreinte écologique, la fin de l’exclusion sociale et une diminution importante du temps de travail  » [3]. Entre abandon de production et mise en œuvre de techniques de productions plus sobres, les économies d’énergies seront massives dans le secteur industriel qui représentait 20 % des émissions mondiales de CO2 en 2010.

Un scénario pour la Bretagne

Plusieurs études, telle le «  Nouveau projet alter breton  » de 2009  [4], qui ne postule même pas une rupture avec le capitalisme, ont élaboré des scénarios qui traduisent en objectifs chiffrés, par secteurs de production et de consommation, une autonomie énergétique pour 2030. Ce plan concerne cinq départements et cinq millions d’habitants. Il démontre qu’il est possible, d’une part de stabiliser, par des économies, sa consommation annuelle à 9,8 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) et de produire régionalement 12,2 millions de TEP, uniquement par l’utilisation des énergies renouvelables  : éolien, solaire, hydraulique, marémotrice, houlomotrice et biomasse.

Quelques collectivités territoriales en France se sont engagées dans cette logique. Par exemple citons la communauté de communes du Mené, au centre de la Bretagne, qui vise l’autonomie énergétique dès 2025  [5]. C’est la logique dite de la transition énergétique, proposant à terme à se passer des énergies fossiles. Cette logique a le mérite de démontrer la faisabilité d’une économie décarbonée et de poser quelques jalons pour l’avenir.

Une société écologique et libertaire où il fera bon vivre

Le mouvement pour «  la transi­tion énergétique  », ses balbutiements dans les réponses qu’il apporte aux questions des économies d’énergie et d’utilisation du renouvelable ne saurait être négligés. Mais la dépolitisation de cette démarche – alors que le gaspillage de ressources est d’abord le fait des classes dominantes et que la production est régie, non par les besoins des personnes, mais par les «  opportunités de profits  » – la rend incapable d’avancer vers son objectif  : les quelques avancées obtenues ne compensent pas l’augmentation des émissions liées à la logique capitaliste.

L’augmentation mondiale des émissions de CO2 continue, avec pendant la décennie 2004-2013  [6], une progression de + 2,3 % par an. Certes la hausse a été contenue en 2014 à 0,7 %, mais comme le précise Le Monde [7], ce bilan ne prend pas en compte les émissions dues à la déforestation, ce qui neutralise cette prétendue «  baisse de la croissance  » des émissions. Il convient de rappeler la nécessité de rompre, dans le développement des énergies renouvelables, avec la logique de recherche du profit pour une minorité. Sans une telle rupture, loin d’apporter un début de solution à la crise climatique, ces énergies contribueront simplement à consolider le capitalisme. Les maîtres mots des énergies renouvelables doivent être  : décentralisation, maîtrise par les populations, au service de leurs besoins.

Nous savons qu’il est nécessaire et possible de parvenir à une économie décarbonée. Toutefois, il semble illusoire d’imaginer une transformation significative du mode de production et de consommation sans avancer dans la construction d’embryons d’une contre-société au sein desquels «  des fractions significatives des classes sociales défavorisées pourraient accéder aux produits d’une industrie échappant aux règles du capitalisme  » [8]. Évidemment ces éléments alternatifs ne pourront pas, par un illusoire processus de généralisation, aboutir à eux seuls au renversement du capitalisme. Mais, «  construits en convergence avec une dynamique de luttes sociales revendiquant la socialisation des moyens de production, ils sont une nécessité pour créer des imaginaires libertaires et structurer un contre-pouvoir indispensable au renversement du capitalisme  » [9].

Commission écologie

[1«  CO2 Emissions from Fuel Combustion  », International Energy Agency, 2012.

[2«  L’humanité au sein du monde vivant  », congrès 2017 d’Alternative libertaire.

[3Idem.

[4«  Nouveau projet alter breton  », Academia.edu, 2009.

[5«  En Bretagne, l’autonomie  », Reporterre.net.

[6Global Carbon Project, consortium scientifique sous l’égide de l’université britannique d’East Anglia.

[7«  Les émissions mondiales de CO2 se stabilisent, mais le climat continue de s’emballer  », Le Monde du 13 novembre 2016.

[8«  L’humanité au sein du monde vivant  », congrès 2017 d’Alternative libertaire.

[9Idem.

 
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