Centrale de Fukushima : Le pire scénario est en train d’arriver

Version imprimable de cet article Version imprimable


Après avoir tenu en haleine téléspectateurs et internautes pendant les premiers jours de la catastrophe, l’accident nucléaire de Fukushima a subitement disparu des écrans, laissant croire que tout était fini. Or la situation au Japon n’est plus seulement catastrophique, elle est effrayante et empire de jour en jour.

On sait aujourd’hui, depuis la remise d’un rapport du gouvernement à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), que dès les premières heures de la catastrophe, les combustibles des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale de Fukushima ont fondu, formant un magma, le corium, qui a percé les cuves et s’est échappé en partie hors des réacteurs. Il s’agit ici du pire des scénarios que l’on avait imaginé, conduisant à une pollution radioactive massive, que Tepco, malgré son plan de sortie de crise en 6 mois, n’est toujours pas capable d’enrayer.

La situation est loin d’être sous contrôle et les problèmes s’enchaînent. Dernier en date, celui de la centaine de milliers de tonnes d’eau extrêmement contaminée – 1 000 millisiverts par heure [1] – que Tepco devait commencer à retraiter à partir du 17 juin. Au bout de cinq heures, l’opération a dû être arrêtée car le système mis en place avec l’aide d’Areva ne fonctionnait pas. Impossible donc d’évacuer pour l’instant cette mare radioactive géante dans laquelle baigne la centrale et qui menace de se déverser dans l’Océan.

De plus, l’opérateur n’a toujours pas indiqué ce qu’il comptait faire des milliers de tonnes de boue extrêmement radioactives issues du retraitement. Par ailleurs, on ne connait qu’en partie le plan de sortie de crise : un sarcophage serait en cours de construction, mais uniquement pour le réacteur.

Des zones radioactives jusqu’à Tôkyô

Pire, la mise en place d’un barrage souterrain capable de retenir le corium avant qu’il n’atteigne les nappes phréatiques a bien été décidée. Mais elle a été reportée sine die par Tepco en raison… de son coût. Si le nucléaire est une politique d’État, on y voit aussi la face hideuse du capitalisme.

Il reste encore des zones d’ombre sur cette catastrophe. D’abord, quelles seront les conséquences sur les populations locales ? On ne peut que craindre une explosion des cancers, notamment chez les enfants. Le gouvernement a décidé d’élever à 20 millisiverts par an la norme autorisée pour les écoles, un niveau qui est celui des travailleurs du nucléaire. Dans les jours qui suivirent cette annonce, le conseiller nucléaire du premier ministre annonça, en larmes, sa démission.

De plus, seuls les habitants à moins de 20 kilomètres ont été évacués, alors que certaines zones, éloignées parfois de plus de 50 kilomètres forment des « hot spots » extrêmement radioactifs. Des zones radioactives éparses ont même été trouvées dans la région de Tôkyô.

Que sont devenus les 3 700 liquidateurs ?

Enfin, on ne sait presque rien de l’état de santé des « liquidateurs » de Fukushima intervenant dans un environnement extrêmement radioactif.

Que sont devenus les 3 700 travailleurs qui se sont relayés depuis quatre mois dans la centrale ? Pour l’heure, Tepco reconnaît que sept ouvriers auraient été exposés à des doses supérieures à 500 millisieverts, seuil à partir duquel la maladie et la mortalité deviennent très probables. Mais il ne s’agit sans doute que de la face émergée de l’iceberg, le rapport remis à l’AIEA ayant révélé que du 11 mars au 1er avril, les sous-traitants intervenant dans la centrale ne disposaient même pas d’un compteur Geiger individuel…

L’Allemagne, la Suisse, puis l’Italie viennent de renvoyer le nucléaire dans les poubelles de l’histoire. Mais en France comme au Japon, l’option de sortie du nucléaire semble être exclue du débat. Le ministre japonais de l’Industrie s’est même payé le luxe d’affirmer sans détour que le Japon continuerait d’utiliser l’énergie nucléaire, car c’est « une énergie qui reste malgré tout sûre » ! En France, après un rapide toilettage, la centrale de Fessenheim, la plus vieille au monde, repart pour dix ans de fonctionnement, au mépris du danger et du refus des populations environnantes.

L’ordre atomique semble ne pas avoir dit son dernier mot, et c’est à nous de le combattre, sans concessions !

Alfred Goblin (AL Paris Sud)

[1] Pour donner une idée, la norme généralement admise est de 1 millisievert par an et par personne…

 
☰ Accès rapide
Retour en haut