Dossier religions : Islamophobie : La clef d’un racisme vertueux

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Au nom de la défense des femmes, de la laïcité et des minorités sexuelles, et contre tous les communautarismes, on a inventé l’islamophobie. Ou comment trahir ces nobles causes tout en renouvelant le racisme sur un mode non plus biologique, mais « culturel ».

Le racisme s’est longtemps prévalu d’un biologisme pseudo-scientifique au nom duquel les races étaient des faits de nature. Avec cette vision naturaliste, le racisme permet d’enfermer indéfiniment les individus dans un groupe spécifique afin de le dominer. Alors que l’appartenance religieuse pouvait encore s’échanger contre une autre dans l’Espagne catholique de la Reconquista, l’appartenance raciale serait, du point de vue raciste, immuable et irréversible.

Le discrédit jeté sur les conceptions racistes, qu’il soit scientifique avec la recherche en génétique, ou historique depuis la victoire sur le nazisme, a obligé le discours raciste à entreprendre une mutation dans les années 1970. La culture s’est définitivement substituée à la nature qu’elle suivait naguère comme un bon toutou dans le discours raciste. Le culturalisme ayant triomphé du naturalisme, c’est le racisme qui fait alors peau neuve.

Aujourd’hui la ou le raciste se dira donc moins arabophobe ou négrophobe qu’islamophobe, afin d’identifier fallacieusement une religion comme la cause ultime de la supposée non-intégration des individus racisés, migrants ou bien d’ascendance migratoire et coloniale, originaires (ou dont les parents sont ou ont été originaires) de pays dont la langue ou la religion majoritaires sont l’arabe ou l’islam.

Traversant tout le spectre politique

Cet amalgame entre une religion et une origine ethnique est un racisme qui se drape dorénavant dans des habits qui se veulent vertueux, ceux de l’islamophobie. Sa fonction idéologique, sous couvert de lutte envers les communautarismes et les obscurantismes censés assaillir la mixité, l’égalité des sexes et la laïcité républicaines, sert moins à critiquer la religion musulmane qu’à entretenir la peur des musulmanes et des musulmans au nom de la prétendue cohésion nationale.

Si cette vision stigmatisante remonte à l’époque des croisades, sa réactualisation date de la révolution islamique de 1979 en Iran, dont on oublie qu’elle résulte de l’existence du régime autoritaire du Shah. Depuis la guerre du Golfe en 1990 et les attentats du 11 septembre 2001, l’islam est devenu le nom du nouvel ennemi géopolitique de « l’Occident », ainsi que l’indice d’une stigmatisation affectant une bonne partie des racisé-e-s postcoloniaux, pratiquant-e-s ou non, dont les parents sont originaires de pays majoritairement musulmans.

Se prétendant idéologiquement neutres, les islamophobes participent à la refondation d’un discours raciste qui ne se réduit plus à l’extrême droite, puisqu’il traverse l’ensemble du champ social et tout le spectre politique. Ainsi, un certain nombre de défenseurs autoproclamés de la laïcité républicaine, de droite comme de gauche, telle Riposte laïque [1], sont obsédés par la montée du fondamentalisme musulman, voulant d’ailleurs faire croire que le terme d’islamophobie serait une invention des islamistes, qui se poseraient ainsi en victimes tout en avançant masqués.

Cet acharnement politique et médiatique lors de la loi de mars 2004 excluant les jeunes filles voilées des lycées (désormais prolongée par la loi contre le « voile intégrale » applicable depuis avril dernier sur tous les espaces publics) vire facilement à l’idéologie islamophobe, version soft de l’arabophobie ou de la négrophobie contemporaine. Si, du point de vue communiste libertaire, la critique de l’islamophobie est nécessaire quand elle n’est que le masque vertueux du nouveau racisme anti-arabe et anti-noir contemporain, elle ne doit pas interdire la critique radicale des religions entendues comme formes instituées d’oppression sociale et de domination patriarcale, quelles qu’elles soient et sans hiérarchie.

Commission antiracisme d’AL


Cet article fait partie d’un dossier complet : « Religions, racismes et mouvements sociaux, y voir clair ».


[1Groupe laïciste de gauche ayant dérivé à l’extrême droite par obsession islamophobe. Sur ce cas, lire Alternative libertaire de décembre 2009.

 
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