Clinique du Confluent (Nantes) fait bloc face aux actionnaires

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En revendant cette grosse clinique, une élite de médecins-actionnaires va toucher le jackpot. Mais, au passage, elle a aussi réveillé la combativité des travailleuses et des travailleurs qui font tourner la boutique.

L’hôpital privé du Confluent, clinique nantaise de 1 200 salarié·es détenue par 160 médecins-actionnaires, va être vendue. Les 160 actionnaires se partageront alors quelque 220 millions d’euros ! Pour nous, ce sont des salaires dérisoires gelés depuis 2105, des conditions de travail déplorables et aucune reconnaissance... « On travaille à l’usine ! » disent les collègues.

En exigeant 4 % du prix de vente (soit 10 millions), les salariés, qui ont créé la richesse, ne réclament que leur dû ! En guise de refus, un des médecins-actionnaires nous a répondu : « Quand tu vends ta maison, tu ne donnes pas d’argent à ta femme de ménage ! »

Le 28 mars, quelques heures après avoir arraché 1 000 euros de « prime gilets jaunes », l’intersyndicale CFDT-CGT convoquait donc une AG pour passer à « l’acte II ». Plus de 300 salarié·es y participaient et votaient la ­grève illimitée, avec quatre revendications principales inspirées de cahiers de doléance que le CHSCT faisait circuler dans les services depuis un mois.

Lundi 1er avril, ce sont plus de 650 infirmier·es, brancardier·es, aide-soignant·es, agent·es des services hospitaliers (ASH), administratifs, de maintenance – le personnel est majoritairement féminin – qui partent en grève. Si l’on excepte l’encadrement, c’est donc une grève très largement majoritaire et inter-catégorielle, et elle le restera jusqu’à la reprise.

Pendant dix jours, le parvis est occupé par les grévistes du matin au soir. Se succèdent des déambulations autour du rond-point voisin et une impressionnante manif de 700 grévistes en tenue de travail dans les rues de Nantes. Chaque jour, une ou plusieurs AG rendent compte des réunions avec la direction et votent la poursuite de la grève. Fait exceptionnel : la section CFDT, hégémonique et appréciée, a favorisé l’auto-organisation. Les locaux de la direction ont été bruyamment occupés à plusieurs reprises pour exiger l’ouverture de négociations.

Reprise du boulot mais grève du zèle

Tout au long de la grève, le directoire ne propose que des miettes. Il ira même, étalant son mépris, jusqu’à proposer aux salarié.es en difficulté financière de rentrer en contact avec l’assistante sociale et envisagera, sans rire, d’autoriser les plus nécessiteux à récupérer la nourriture que les patients n’auraient pas mangée !

Après dix jours de grève la reprise du boulot est finalement votée. Une petite augmentation du point et des primes ont été obtenus, et la direction s’engage à ce qu’il n’y ait aucun licenciement économique pendant deux ans. Pour les grévistes, le compte n’y est clairement pas. Mais dix jours de salaire perdus et le doute sur la possibilité d’obtenir plus ont eu raison de leur détermination. Pourtant l’heure n’est pas au repli sur soi ni à l’abattement. La colère est intacte. S’y ajoutent la fierté d’être resté soudé·es, les rencontres et les solidarités se sont nouées.

Depuis la reprise, la résistance a pris la tournure d’une certaine grève du zèle (application stricte des fiches de postes), et l’ambiance face aux médecins n’est plus la même. Les têtes se sont relevées, elles ne se baisseront plus. Face aux actionnaires, on lâchera pas l’affaire !

Un gréviste parmi d’autres (AL Nantes)

 
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