Israël-Palestine : Répercussions du printemps arabe

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La perte de l’allié qu’était Moubarak est une grave menace pour Israël. Les Palestiniens en ont profité pour refaire leur unité face à l’occupant. Pour rompre son isolement régional, Tel-Aviv n’a qu’un espoir : les monarchies du Golfe.

Quand Moubarak est tombé en février 2011, deux dirigeants politiques ont exprimé leurs vifs regrets : l’Israélien Nétanyahou et le Palestinien Mahmoud Abbas. Tel-Aviv a instantanément compris qu’elle perdait son meilleur allié.

Il y a une constante dans l’histoire du sionisme, c’est la recherche du « bon Arabe ». Il y eut d’abord les féodaux qui vendaient leurs terres aux premiers colons sionistes. Puis la dynastie jordanienne avec qui fut négocié un partage de la Palestine dès les années 1930. Quarante ans plus tard, c’est une intervention israélienne qui sauva le roi Hussein de Jordanie lors du massacre de Septembre noir. Plus tard, les phalangistes du Liban furent aussi des complices armés par Israël.

[*La perte de l’allié égyptien*]

La paix signée entre Sadate et Begin en 1978 s’est faite contre le peuple palestinien. L’Égypte a abandonné Gaza à l’occupant, et accepté de vendre son pétrole à bas prix. Dans le cadre de la « guerre du bien contre le mal » décrétée par Bush, les pays arabes ont été condamnés par l’impérialisme à avoir des dictateurs mafieux censés les protéger de l’intégrisme et du « terrorisme ». Moubarak a été le complice d’Israël jusqu’à la caricature. Actif dans toutes les pseudo « négociations de paix », il a contribué au blocus de Gaza. Dès sa chute, Zvi Mazel, ancien ambassadeur au Caire, écrivait dans la presse : « Les révolutions arabes, une catastrophe pour les Juifs. »

[*Israël menacé d’isolement*]

En quelques mois, que constate-t-on ? Les relations entre Le Caire et Tel-Aviv se sont refroidies. La frontière entre l’Égypte et Gaza est entrouverte à la circulation et au commerce. Le pétrole est (enfin) vendu au prix du marché, et l’oléoduc qui l’achemine via le Sinaï a été la cible de quelques attentats. Enfin, l’attaque israélienne qui a tué cinq policiers égyptiens a été suivie d’une attaque populaire contre l’ambassade israélienne au Caire.

Les gouvernements israéliens ont certes une supériorité militaire écrasante mais ils vivent une situation d’isolement au Proche-Orient qu’ils n’avaient jamais connue depuis des années. Ils savent que les peuples arabes sont hostiles aux capitulations de leurs dirigeants face à la destruction de la Palestine. On sent quelques fractures dans l’establishment sioniste. Même un dirigeant criminel comme Ehud Barak a pu écrire que, sans initiative politique, dans quelques années Israël sera isolé et boycotté par tout le monde. L’échec prévisible de la candidature palestinienne à l’Onu masque le fait qu’Israël n’a plus de soutiens hors d’Europe ou d’Amérique du Nord.

[*Palestine : l’aspiration à l’unité*]

À la veille des révoltes arabes, les deux gouvernements rivaux de Gaza et Ramallah étaient dans l’impasse. Le Hamas n’avait pas réussi à briser son isolement après le massacre de l’opération Plomb durci en 2009. En Cisjordanie, le Fatah de Mahmoud Abbas avait continué à se soumettre aux États-Unis et à espérer gagner des miettes en se montrant docile, en pure perte. Son discrédit devenait pour lui une menace.

La division de la Palestine était une grande victoire de l’occupant. C’est grâce à la chute de Moubarak que l’accord Hamas-Fatah, espéré par toute la Palestine, a pu être signé. Cet accord, ratifié par tous les partis, bute encore sur un point important – le Hamas ne veut pas que Salam Fayyad (l’homme du FMI) dirige le gouvernement d’union nationale – mais les deux partis sont décidés à aboutir.

Le printemps arabe a décidé l’Autorité palestinienne à abandonner la carte américaine. Il n’y aura plus de négociations si Israël ne revient pas, au moins, à l’acceptation d’un État palestinien viable.

Il reste un gros point d’interrogation : le régime syrien. Il est très menacé, alors que le modèle féodal, patriarcal et ultralibéral des États du Golfe sort pour l’instant renforcé d’une année de bouleversements, au point de contrôler désormais la Ligue Arabe. Or les sionistes ont toujours su s’entendre avec les féodaux arabes, au détriment des peuples…

Pierre Stambul (Marseille, Union juive française pour la paix)

 
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