Logement et sans-papiers à St Denis : on vit ici, on reste ici

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Depuis début décembre une mobilisation importante s’est développée à Saint-Denis pour le logement, suite à des expulsions de squats organisées par la préfecture. Les expulsé-e-s s’organisent avec leurs soutiens.

En Seine-Saint-Denis, les loyers sont élevés (certes moins qu’à Paris) et le département est un des plus pauvres de France.

A Saint-Denis des dizaines d’immeubles sont classés insalubres, certains même en « péril imminent », ce qui ne les empêche pas d’être habités et loués par des centaines de personnes. Souvent, elles ont constitué des dossiers Dalo [1], n’arrivent pas à trouver d’appartement abordable ou tout simplement louable et peuvent également être sans papier. Or pas de papier, pas de relogement si jamais on quitte les lieux pour cause de « péril ».

[*Acte I : La préfecture tape vite et fort*]

Entre fin novembre et mi-décembre, la préfecture a organisé l’expulsion de quatre immeubles à Saint-Denis sous prétexte de péril pour les habitantes et les habitants, évidement sans aucune solution de relogement. Le préfet Lambert, le flic qui représente l’État dans le 93 et grand pote de Sarkozy est à la manœuvre !

Concrètement, cela veut dire que des dizaines de flics débarquent au petit matin et demandent aux habitants de quitter leur logement en quelques dizaines de minutes. Cela veut dire que des personnes perdent beaucoup de leurs effets personnels, que les enfants se retrouvent déscolarisés, que certains se retrouvent à la rue. L’État a supprimé des milliers de places d’hébergement d’urgence ?

Débrouillez-vous !

[*Acte II : organisation des soutiens*]

Le début de la mobilisation est venu d’un collectif de quartier, « Le peuple de la Gare », qui s’est appuyé sur la solidarité exprimée dans l’enseignement (camarades de classes, parents, personnel syndiqué, etc.) autour d’une expulsion, au 11 rue Dezobry. Une semaine plus tard, un nouveau squat était expulsé au 76 rue Gabriel Péri. Au total, plus de 80 personnes dont 30 enfants [2].

La décision est prise par les expulsé-e-s d’installer un campement de tentes à proximité de la Mairie et de la Basilique. Quelques organisations sont présentes en soutien depuis début décembre et ont facilité la tenue rapide de cinq manifestations sur la ville entre le 5 et le 17 décembre, rassemblant à plusieurs reprises des centaines de personnes [3]. Les objectifs du « collectif de mobilisation contre les expulsions » sont multiples : bloquer les expulsions, obtenir le relogement sur Saint-Denis des expulsé-e-s et la rescolarisation des enfants et des papiers pour celles et ceux n’en ont pas.

La municipalité (PCF) a été contrainte par la mobilisation de clarifier sa position : si elle a condamné les expulsions, elle a également annoncé qu’elle ne « souhaitait pas l’installation d’un campement » devant la mairie « qui fait d’énormes efforts pour le logement ». Par ailleurs – est-ce un effet de la mobilisation ? – la préfecture n’a pas procédé à de nouvelles expulsions depuis la mi-décembre. Le 21 décembre, un repas de solidarité organisé sur le campement fut un réel succès, avec plus de deux cents personnes présentes et une ambiance de feu, qui a fait du bien au moral.

[*Acte III : On contre-attaque ?*]

Au moment où ces lignes sont écrites la préfecture fait la sourde oreille. La réquisition de logement, qui a déjà a été pratiquée à Saint-Denis, demande pas mal de temps de préparation, et les besoins sont tels qu’elle ne peut suffire. Les prochaines étapes sont une manifestation, que nous espérons bien plus importante encore que les précédentes, le samedi 7 janvier et un concert le 14 janvier. Pour gagner, nous devons renforcer la solidarité, sortir des frontières de Saint-Denis et réussir à se coordonner avec les autres luttes en cours sur le même sujet. On ne lâche rien !

Simat Isem (AL Saint-Denis)

[1Sur cette question voir AL de novembre 2011. Sur le droit au logement opposable, voir le numéro dejanvier 2009. Sur la réquisition à Saint-Denis en 2009 d’appartements désaffectés appartenant à la Poste, les numéros de mars et avril 2009.

[2Le détail de la mobilisation, des tracts, des photos, des films sur le blog de l’Union locale Solidaires Saint-Denis : solidaires.saintdenis.over-blog.org

[3Peuple de la Gare, Réseau Solidarité Logement, Union syndicale Solidaires, NPA et AL principalement.

 
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