Royaume-Uni : Mobilisation contre les cuts

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Le mouvement social britannique est engagé depuis un an dans la lutte contre les coupes budgétaires, les cuts, dans tous les secteurs. Une manifestation nationale a rassemblée plus de 300 000 personnes le 26 mars dernier. D’autres mobilisations se profilent désormais et le rapport de force est engagé.

Le Royaume-Uni pourrait bien être le prochain pays, après les « PIIGS » [1], à s’enfoncer dans la crise sociale avec la bénédiction du FMI. Le gouvernement, formé d’une alliance entre conservateurs et libéraux-démocrates [2], a lancé un plan de rigueur sans précédent : privatisation des hôpitaux, de la poste et des universités, augmentation de la TVA, baisse des allocations sociales, casse du système de retraites pour le secteur public, etc. Il faut ajouter à cela de nombreux licenciements, dans le privé comme le public.

À l’automne dernier, la multiplication par trois des frais d’inscription à l’université avait déjà suscité une imposante mobilisation des étudiants, qui a contribué à sortir le salariat de sa léthargie. Le pays n’a connu que peu de mouvements de masse, depuis la grève des mineurs de 1984-85 et les lois anti-grève votées au début des années 80. Ces réglementations imposent en effet un protocole très précis pour appeler à la grève : chaque syndicat a l’obligation de consulter tous ses adhérents et adhérentes, qui doivent majoritairement voter pour la grève et sont les seuls à faire grève, pour une durée fixée. Impossible donc de reconduire un mouvement, sauf en se mettant hors la loi.

Le lobbying envers les directions syndicales, notamment pour le lancement de consultations, prend donc beaucoup plus d’importance qu’en France.

La grève : une arme essentielle

Pour autant, la grève reste une arme essentielle et plusieurs conflits locaux ont eu lieu ces derniers mois, notamment contre des licenciements. Elle est par contre complétée par d’autres modes d’actions, plus ou moins pacifiques, allant des manifestations le samedi aux actions violentes, en marge de ces dernières. Ainsi, plusieurs collectifs issus du mouvement étudiant de cet automne ou de la mouvance anarchiste ont organisé, lors de la manifestation nationale du 26 mars dernier, des attaques à la peinture de grands magasins ou de banques, accusés de ne pas payer des impôts qui suffiraient à combler les déficits budgétaires. La police a eu le plus grand mal à riposter face à ces petits groupes agissant au milieu de la masse et les actions ont eu beaucoup d’échos. Après le 26 mars, l’agitation a été entretenue par les collectifs locaux UK Uncut, associant étudiants, militants syndicaux, politiques et associatifs.

Manifestation le 30 juin

La direction du Trade Union Congress [3] a désormais annoncé une grève à l’automne, ce qui fait beaucoup trop tard pour entamer un rapport de force sérieux. C’est maintenant qu’il faudrait frapper, d’autant que le gouvernement sort affaibli des élections qui se sont tenues en mai et ont vu les conservateurs et les libéraux-démocrates s’entredéchirer. Une pause a d’ores et déjà été annoncée dans la réforme des hôpitaux. Les gauches syndicales du secteur public, implantées notamment dans l’éducation nationale, les universités, aux impôts et dans les collectivités territoriales, ont donc décidé de prendre les devants en appellant à la grève le 30 juin. Celle-ci a été très bien suivi dans l’éducation, mais reste un succès très relatif, avec 400 000 grévistes en tout.

À l’heure où ces lignes sont écrites, la suite est ouverte. L’enjeu est maintenant que la date ou la période de grève prévue cet automne soit annoncée rapidement, pour pouvoir la préparer, et que cette grève soit interprofessionnelle, afin que les différentes attaques ne soient pas séparées les unes des autres.

Grégoire Mariman

[1] PIIGS : Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne (Spain).

[2] Troisième parti anglais, de centre-droit, minoritaire au gouvernement.

[3] TUC : centrale syndicale unique regroupant l’ensemble des syndicats britanniques.

 
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