Edito : Jetables ?

Version imprimable de cet article Version imprimable


Travailleur(se)s français(es) ou immigré(e)s jetables, élèves sans papiers jetables...

Grâce au gouvernement, le Medef et le Front national sont en train de réaliser leurs rêves : mettre à la disposition des patrons une main-d’œuvre de plus en plus dépourvue de droits et corvéable à merci et édifier une législation raciste semblable à celle des années 30 afin de flatter les sentiments xénophobes d’une partie de l’électorat.

Il est illusoire de penser qu’« ils finiront par s’arrêter » comme l’affirment parfois certains esprits incrédules, car la bourgeoisie est engagée depuis des années dans une guerre sociale sans limites.

Elle ne s’arrêtera que lorsque nous nous donnerons les moyens de l’empêcher de piller les richesses produites par les travailleur(se)s de ce pays qu’ils/elles soient français(es) ou immigré(e)s.

Car la redistribution des richesses, ça s’impose !

Depuis quelques semaines, les étudiant(e)s d’une trentaine d’universités se mobilisent contre le contrat première embauche (CPE) ou si vous préférez contre le contrat précarité exclusion, tout en faisant le lien avec les autres formes de précarité. Dans certaines villes, les lycéen(ne)s font cause commune avec eux/elles. Mais, une fois de plus les jeunes se retrouvent bien seul(e)s dans l’action et faute d’élargissement risquent de se retrouver dans le piège de la grève par procuration.

Alors qu’il s’agit pour le gouvernement d’en finir avec le contrat à durée indéterminée, une fois de plus, les organisations syndicales temporisent et mettent en scène une succession de temps forts (journées d’action des 2 et 7 février, 7 mars) suivis de temps morts. Cette stratégie est bien connue. Elle mène à l’échec, celui de 2003 lors des mobilisations contre le plan Fillon sur les retraites a été suffisamment cuisant pour que nous ne persévérions pas dans cette même voie.

Face à l’inertie des bureaucraties syndicales qui miment l’action plus qu’elles ne l’organisent, c’est bien la construction de mouvements de grève puissants partout où cela est possible qu’il s’agit de développer dans le privé comme dans le public. Dans ce dernier secteur, la fonction publique est tout aussi menacée puisque nos libéraux souhaitent depuis des années en casser le statut et généraliser à terme des emplois jetables en imposant à tout le monde des contrats de 6 ans à la place de la sécurité de l’emploi.

En Allemagne, les travailleuses et travailleurs du secteur public donnent l’exemple en poussant leurs syndicats à organiser une grève générale contre l’augmentation du temps de travail que le Medef essaye d’imposer branche par branche en France. Il est vrai qu’en Allemagne, le discrédit de la gauche de gouvernement, qui partage le pouvoir exécutif avec la droite, constitue un motif de mécontentement supplémentaire et attise cette colère qui ne parvient pas à éclater de ce côté-ci du Rhin.

Le jugement des électrices et électeurs de gauche ne se laisse pourtant pas abuser par le numéro de claquettes des leaders socialistes dans l’affaire du CPE. Dans une récente enquête du Parisien, une majorité de sondé(e)s estiment que le Parti socialiste est un mauvais opposant à la politique de la droite. Et ce n’est pas le plaidoyer de Madame Royal en faveur de la politique sociale de Blair ou celui du PS en faveur d’un retour des emplois jeunes qui devrait les faire changer d’avis. Il est grand temps d’arrêter de laisser tous ces guignols accaparer l’expression médiatique.

Public, privé, c’est partout qu’il faut s’organiser pour lutter en tenant des assemblées générales, en y débattant maintenant de la grève et de la convergence avec la jeunesse scolarisée en lutte pour l’abrogation du CNE, du CPE, de la législation du travail précaire, pour le retrait des projets de loi racistes sur l’immigration choisie et le séjour des étrangers, et pour une redistribution des richesses.

Alternative libertaire, le 22 février 2006

 
☰ Accès rapide
Retour en haut