Lire : Znamenzky, Gallice, « Sous les plis du drapeau rouge »

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Nombreux sont les ouvrages consacrés à la Révolution russe et au système capitaliste d’État qui en est issu sous le nom usurpé de socialiste.

Aussi, c’est à travers le principal symbole de cette révolution, le drapeau rouge, que Pierre Znamensky (ce qui signifie drapeau en russe, ça ne s’invente pas) et Guy Gallice nous proposent de revisiter l’histoire du mouvement communiste international qui en est issu.

Comme Maurice Dommanget dans son Histoire du drapeau rouge, les deux auteurs évoquent également la présence du drapeau noir des anarchistes et autres anarchistes communistes dans la tourmente révolutionnaire. Cette couleur deviendra très vite intolérable pour les bolchéviks en Russie comme en Ukraine...

Les premières années de la Révolution russe se caractérisent par une grande créativité. Les plus grands artistes – Malevitch, Chagall, Rodtchenko – mettent leur talent au service de la révolution en contribuant à l’illustration de plusieurs étamines. On apprend également que des popes qui fabriquaient des étendards pour l’église orthodoxe, sont également mis à contribution pour orner certaines bannières soviétiques.

Slogans, effigies et symboles du nouveau régime fleurissent sur nombre d’étoffes, pour orner défilés, salles de réunions et cérémonies organisées par le Parti communiste. De même ils accompagnent les premiers pas de la collectivisation et de l’industrialisation.

Et lorsque la mainmise de Staline sur le parti et l’État se fait plus forte, le graphisme s’en ressent : culte de la personnalité et omniprésence du visage de Staline, instrumentalisation quasi religieuse de la figure de Lénine…

Malgré la stalinisation, les années 30 laisseront un peu de place à l’expérimentation et à la créativité des artistes (graphistes, peintres, écrivains et musiciens), avant de sombrer dans le réalisme socialiste

La « grande guerre patriotique » (1941-1945) balaye ces dernières audaces en militarisant et en uniformisant la société soviétique. De la déstalinisation – plus formelle que réelle – jusqu’à la stagnation brejnévienne (1964-1982), l’URSS s’enfonce dans la crise. Conformisme et ennui caractérisent les drapeaux qui glorifient les réalisations urbaines, techniques et industrielles de la patrie du socialisme réellement inexistant.

L’académisme et le conformisme propre au réalisme socialiste pourraient a priori rebuter. Pourtant, la grande qualité des photos de Guy Gallice et le remarquable travail d’édition des Editions du Rouergue, le tout servi par la culture et l’humour de Pierre Znamensky, font de cet ouvrage un morceau d’anthologie plaisant et vivant.

D’abord symbole d’espoir, puis mythe et signe de puissance et d’oppression, le drapeau rouge doit son succès au fait qu’il a su incarner une force collective agissant en vue d’un monde meilleur.

Cet ouvrage nous aide à décrypter plus qu’à contempler et ne sombre pas plus dans l’hagiographie qu’il ne sert la soupe aux sectateurs de la dictature des marchés. On se prend à espérer que les deux compères se mettent en tête de produire pareille somme sur les drapeaux noir et noir et rouge et éclairent à leur façon l’histoire des mouvements libertaires à travers le monde...

Laurent Esquerre

 
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